Carrefour et cul de sac
S’il est incontournable, il est pourtant contorsionné et en sueur dans mon lit une place et demie.
On ne peut pas le rater, ça non, il est partout à la fois et donne l’impression d’être plusieurs, au grand plaisir de mes sens mieux qu’éveillés.
J’ai ce petit jeu avec moi-même ; après une action, une parole ou un imprévu, après une expérience qui vaille la peine et quelle qu'elle soit, j’attrape le livre ou le magazine le plus proche, et, à l’aveuglette, je pointe mon index. Le mot sur lequel il se pose sera LE mot de la situation, c’est décidé. Je me réveille d’une sieste bien méritée, je balance mon bras engourdi jusqu’au tiroir à roulettes sous mon lit, il regorge de tous les journaux que je n’ai pas encore lus et pas osé jeter par trop grand respect des arbres. Supplément Vogue « spécial beauté d’été », mon doigt se fixe, précis, il fait sombre et c’est en plissant les yeux que je découvre ce joli mot : « Incontournable ». Lui-même entouré de « élément » et « adolescent », c’était moins une. Comment je me serais dépatouillée moi avec « élément » ?
Mais c’est incontournable et donc, oui, inévitable.
Si je ne peux le contourner, c’est parce qu’il est en travers de mon chemin, bien au milieu, les bras grands ouverts. Mais peut-être pourrais-je détourner mon chemin alors, vous direz vous. Me direz-vous.
Non plus. Si tous les chemins mènent là où on sait, on oublie souvent de préciser par où ils passent. Et c’est par lui. Qu ‘on trébuche ou marque un arrêt volontaire, on ne peut faire autrement que de se balader avec lui sur ces chemins sinueux et vicieux comme des serpents d’eau.
Alors ensuite vient le moment décisif du choix. Ou le moment du choix décisif. Incisif. Partout dans la peau, ça fait des petites coupures qu’on se plait à titiller du bout de la langue et à qui on ne laisse jamais le temps de complètement cicatriser.
Vais-je me perdre un peu plus loin dans le bois joli, bras dessus bras dessous ? Ou remonter sur ma bécane et tailler la route droite qui se dessine au milieu de deux champs de seigle ?
Je ne raffole pas des décisions, et comme choisir c’est exclure, je prends le parti facile des faibles, refusant obstinément qu’une des deux possibilités se retrouve évincée, boudée et triste. Les élèves punis au piquet, les yeux plantés dans le coin du mur, ils ont toujours eu toute ma tendresse.
Je garde tout et c’est gratuit. Ça ne m’aide pas à ordonner ma tête déjà bien bazardée, c’est vrai, mais ça m’empêche de m’empêcher.
Tailler la route droite en sinuant, moi dessus bras dessous, lui par là ou ailleurs, rattraper les enfants qui courent dans les champs de pavot, construire une chaumière a la frontière du bois joli et de la rivière où plus aucun serpent n’osera se pointer devant tant de grâce. Et, enfin, se réveiller lundi matin, loin de l'empeureur, de sa femme, mais miroir du petit prince, à Rome, tout en haut du Palazzo Corsini pour jeter un œil bienveillant sur les marathon man des milliards de chemins boueux et fleuris qui arrivent après nous et s’arrêtent, essoufflés, éblouis presque, convaincus de quelque chose que je ne veux pas savoir.
-maispastrop-
On ne peut pas le rater, ça non, il est partout à la fois et donne l’impression d’être plusieurs, au grand plaisir de mes sens mieux qu’éveillés.
J’ai ce petit jeu avec moi-même ; après une action, une parole ou un imprévu, après une expérience qui vaille la peine et quelle qu'elle soit, j’attrape le livre ou le magazine le plus proche, et, à l’aveuglette, je pointe mon index. Le mot sur lequel il se pose sera LE mot de la situation, c’est décidé. Je me réveille d’une sieste bien méritée, je balance mon bras engourdi jusqu’au tiroir à roulettes sous mon lit, il regorge de tous les journaux que je n’ai pas encore lus et pas osé jeter par trop grand respect des arbres. Supplément Vogue « spécial beauté d’été », mon doigt se fixe, précis, il fait sombre et c’est en plissant les yeux que je découvre ce joli mot : « Incontournable ». Lui-même entouré de « élément » et « adolescent », c’était moins une. Comment je me serais dépatouillée moi avec « élément » ?
Mais c’est incontournable et donc, oui, inévitable.
Si je ne peux le contourner, c’est parce qu’il est en travers de mon chemin, bien au milieu, les bras grands ouverts. Mais peut-être pourrais-je détourner mon chemin alors, vous direz vous. Me direz-vous.
Non plus. Si tous les chemins mènent là où on sait, on oublie souvent de préciser par où ils passent. Et c’est par lui. Qu ‘on trébuche ou marque un arrêt volontaire, on ne peut faire autrement que de se balader avec lui sur ces chemins sinueux et vicieux comme des serpents d’eau.
Alors ensuite vient le moment décisif du choix. Ou le moment du choix décisif. Incisif. Partout dans la peau, ça fait des petites coupures qu’on se plait à titiller du bout de la langue et à qui on ne laisse jamais le temps de complètement cicatriser.
Vais-je me perdre un peu plus loin dans le bois joli, bras dessus bras dessous ? Ou remonter sur ma bécane et tailler la route droite qui se dessine au milieu de deux champs de seigle ?
Je ne raffole pas des décisions, et comme choisir c’est exclure, je prends le parti facile des faibles, refusant obstinément qu’une des deux possibilités se retrouve évincée, boudée et triste. Les élèves punis au piquet, les yeux plantés dans le coin du mur, ils ont toujours eu toute ma tendresse.
Je garde tout et c’est gratuit. Ça ne m’aide pas à ordonner ma tête déjà bien bazardée, c’est vrai, mais ça m’empêche de m’empêcher.
Tailler la route droite en sinuant, moi dessus bras dessous, lui par là ou ailleurs, rattraper les enfants qui courent dans les champs de pavot, construire une chaumière a la frontière du bois joli et de la rivière où plus aucun serpent n’osera se pointer devant tant de grâce. Et, enfin, se réveiller lundi matin, loin de l'empeureur, de sa femme, mais miroir du petit prince, à Rome, tout en haut du Palazzo Corsini pour jeter un œil bienveillant sur les marathon man des milliards de chemins boueux et fleuris qui arrivent après nous et s’arrêtent, essoufflés, éblouis presque, convaincus de quelque chose que je ne veux pas savoir.
-maispastrop-
Quand on prend l'avion, le pays qu'on quitte continue de vivre. (et ça vaut dans les deux sens)
C'était sur un coup de tête.
Pas un coup de tête à une autre tête pour casser le nez d'un voyou qui voudrait voler mon sac, non, un coup de tête de moi toute seule dans le vide, dans l'air, face à personne ni rien sinon l'à venir. Ou à moi-même. Un coup d'accélérateur aussi.
Parce que je travaille, j'ai droit à des congés payés.
Congés. Congés. Congés.
Ok, je répète le mot dans ma tête, et puis à voix haute, et puis à la Antoine Doinel, devant mon miroir qu'il faut absolument que je pense à nettoyer -à croire que je me lave les dents en faisant des claquettes et en chantant: y'a plein de petites éclaboussures blanches de dentifrice agglutinées dessus-.
Mais, ça ne me dit rien, "congés", ça n'évoque pas d'image, de souvenirs, d'espoir, ça ne fait que m'embourber. Congés de quoi, de qui et puis... même si je trouvais la réponse, comment prendre congé de ces réponses?
Devant moi se présente une semaine de sept jours, du début à la fin, j'y échapperai pas, avec le jour de la lune le lundi et celui du seigneur le dimanche, en passant par le vendredi du poisson et le mercredi de ceux qui n'osent pas dire "merde"; une semaine de sept jours qui va demander à être comblée. De congés donc. Et puisqu'on me les paie, je ne peux décemment pas refuser.
Je suis là comme ça, un coude sur la table, la main qui supporte ma joue, les doigts qui pianotent leurs questionnaires sur mon visage et ma jambe qui frétille d'impatience dans l'attente d'une répartie valable. Oui, nous sommes en vacances, mon corps, ma tête et moi; mais , sans mauvais jeu de mots, nous ne sommes pas vacants pour autant, on est tout à fait occupés et remplis et limite débordants. Paris m'inspire un nombre de démarches administratives que je ne peux même pas compter sur tous mes doigts. Et pourtant, j'en ai dix.
Je sais. Je sais, normalement, les gens normaux, ils attendent le jour J de leurs congés payés, ils attendent que ça. Ils zyeutent l'horloge qui, bien sur, pour marquer le coup, s'attarde un peu entre les secondes. Ils frétillent, trépignent et bondissent tout à coup pour se ruer dans un métro qui les déposera à la gare promise vers une terre promue. Plus rien n'a d'importance, ils sont en VACANCES.
"Qu'est ce qu'on va faire de nous" dis-je à ma jambe impatiente, ma main qui pianote et ma tête embrumée, qu'est ce qu'on va faire de nous?
C'est quand je ne sais plus quoi faire que je sollicite le reste de moi, confiante, pour qu'ils répondent avec des gestes quand mon cortex peine à fabriquer des idées; et il se trouve que, quelques fois, ça paie. Ca paie pas mes congés mais ça propose tout de même d'ordonner à ma main de surveiller la météo à venir pour ces interminables jours prochains.
Ca hésite entre le gris et le blanc, les minimales sont minimes et les maximales, lilliputiennes.
Non pas que j'accorde beaucoup d'importance au temps, mais tant qu'à l'avoir pour compagnon, autant qu'il soit de bonne humeur.
J'élargis ma recherche au reste de mon pays. Mon pays c'est la France. Bon.
Je ne vais pas m'étaler sur le problème du réchauffement de la planète là tout de suite, mais, sur le coup, j'y ai pensé beaucoup, ça m'a assombrie davantage encore; j'allais finir par ressembler au cumulonimbus du lendemain.
Comme il n'y a pas de limites avec ce truc, internet, je ne me suis pas gênée, j'ai demandé si en Italie par exemple, le soleil, cette star tant convoitée, daignait se pointer.
De frontières en frontières, je me suis retrouvée à demander la météo de pays aux noms improbables et très chantants, presque pour me rassurer, pour être sûre que, quelque part, au mois de juin, des gens mettaient des lunettes de soleil dans leurs sacs et pas des parapluies.
Sénégal, minimale: 18°, maximale: 34°, précipitations: 0 mm, lever du soleil: 06h40
, coucher du soleil: 19h40.
Un lever du soleil à l'heure à laquelle j'ai trop tendance à me coucher.
Et un coucher du soleil... inversement....bref.
Pourquoi ne pas aller voir si la rose frétille à 6h40 sous 18° tandis qu'aucune pluie ne vient troubler la caresse de l'astre sur ma peau parisienne qui se met au vert?
Subitement, le mot "congés" prend forme.
Oui mais.
Il y a toujours un "mais" et celui çi est de taille: il coute.
Pour aller tâter l'eau de Dakar, on me demandera de sortir de l'argent que je n'ai pas, j'en suis sure, c'est toujours le même refrain, on n'a rien sans rien, on connait la chanson, le lundi au soleil, c'est une chose qu'on ne vivra jamais et compagnie.
Oui mais.
Oui mais, donc, je tombe, aïe, sur une proposition absolument indécente.
Proposition que j'accepte en fille facile, je clique sur "allez hop".
Bam, j'ai un billet. Zou,je fais mon balluchon. Tac tac, je fonce à Orly Sud. Couic, j'oublie de prévenir les gens.
J'oublie pas vraiment, disons que j'omets. Sauf celle qui m'a mise au monde, parce qu'elle m'a mise au monde elle a le droit de savoir toujours où je me situe sur le monde dans lequel elle m'a mise. Bon.
Je ne vais pas dormir, non, parce que le départ a beaucoup plus d'impact quand on le savoure depuis 6 heures; rien à voir avec le lever hagard, le café avalé à gauche, la cigarette qui passe mal à droite, le rer qui va dans quel sens bordel. Non non non.
A 6h30, je suis prête, sur mon perron, l'oeil vif, limite malicieux, le passeport frétillant, Paris déjà jalouse. Hé oui ma vieille, là où je vais, dans dix minutes il fait jour et pas qu'un peu.
N'empêche, même sous un ciel bougon et aussi matinal, t'as une de ces gueule... tu sais comme personne jouer avec facétie sur les façades d'Hausmann, flirter entre le lugubre et le luminescent; l'eau balancée par les éboueurs scintille sous la fin de vie des réverbères, je me dis c'est pas possible, tu triches; au détour d'un feu, tu nous attrapes parce que ton avenue offre une perspective parfaite sur le ciel du mauvais temps à venir. Cherche pas, tu me retiendras pas. Cherche pas, tu pourrais me retenir. Me cherche pas. Laisse moi partir.
Qu'est ce que c'est que tout ce monde qui court dans les correspondances? Dites moi pas que vous allez travailler, là, sans déconner?
Pardon.
Je dis ça la tête baissée.
Pourtant j'ai pas honte.
Mais j'avoue que la dernière fois que j'ai pris le métro à cette heure çi, c'était pour rentrer d'un endroit d'où je venais alors que j'y avais festoyé et que je rentrais pour dormir, oui bon, voilà, c'est dit. Vous, vous partiez travailler. Vous veniez de l'endroit où vous dormiez pour aller pas festoyer du tout. Souvent, je vous croisais le vendredi et pour vous c'était déjà samedi. Souvent, j'étais pas absolument nette. Et vous, impec. Vous me faisiez mal aux yeux tellement vous étiez resplendissants. Je préférais même les plonger dans ceux de mon semblable pour la peine, que j'avais même pas.
Et aujourd'hui. Tout ce que j'ai bu, c'est 4 cafés pour tenir la blanche nuit, je pars pour simplement partir avec cette étrange et pourquoi pas agréable impression de ne venir de nulle part pour aller n'importe où, si le vent me mène là où vont les proverbes, ce sera déjà pas mal.
Vos cernes. J'ai les mêmes.
Dans deux heures, je m'envoie en l'air les chouchouter via une compagnie toute aérienne. Je crâne pas. Mais quand même, vous tous, là, vous donnez un poids conséquent à une simple escapade.
Merci.
Il fait toujours beau au-dessus des nuages, à 300 mètres d'altitude, on est tous égaux. Lui aussi, ses oreilles se bouchent quand on décolle; toi, je te vois bien t'accrocher l'air de rien quand on passe un trou d'air. Nous sommes si peu de choses. Si peu de choses présurisables.
J'ai prévenu personne. Est ce que je vais manquer à quelqu'un. J'ai éteint le portable. Et ce qu'il frétillera comme une cocotte minute quand je le rallumerai.
Se poser ces questions là, c'est refuser de partir complètement.
"Mademoiselle, il faut relever votre tablette, éteindre votre téléphone et attacher votre ceinture s'il vous plaît".
...
Ne pas écrire,
ne pas être joignable,
me protéger d'une éventuelle mort subite subie.
Je suis pas sure d'être prête pour ça, vous savez, j'ai peur dans l'avion et je me fiche absolument de savoir où sont les gilets de sauvetage, j'y crois pas une seconde, c'est fait pour rassurer pas pour sauver, vous le savez aussi. En plus, j'ai pris l'habitude bizarre de serrer la main de la personne qui m'accompagne, à l'atterrissage, pile poil au moment où les roues touchent la piste, on se serre la main; faut que ce soit vraiment au même moment, sans se regarder parce que c'est déjà assez émouvant comme ça, alors à qui je vais serrer la main, moi.
Vous êtes là dans votre uniforme mal taillé, franchement vous êtes pas à votre avantage, vous me parlez technique, je vous réponds sentiments, vous faites votre boulot, je fuis le mien il parait. On n'arrête pas de se rater nous tous.
Mais il fait toujours beau à 300 mètres d'altitude et même si je sais qu'on perdra la course avec le soleil du lundi, ça me ravit de faire un bout de chemin à côté de lui, presque à sa vitesse.
Subitement, le mot "congé" prend fond.
Les aéroports, les départs en général, certaines chansons, quelques livres, deux trois souvenirs... on se rappelle ce qu'on est vraiment et on se demande, alors, pourquoi les gens qui disent nous aimer nous aiment. Là où je vais, d'autres sont allés, mais pour moi c'est la première fois et c'est tout ce qui compte, c'est donc la toute première fois. Pour vous que j'aime, pour vous qui m'aimez peut-être, pour cette hôtesse, pour ce soleil rapide comme la lumière, c'est la première fois.
Et la première fois, c'est sacré, toujours. Je ne laisserai personne dire le contraire.
Jamais.
(......... ici il se passe que, bouleversée par autant de reflexions et de cafés, je m'endors)
(......... ici, il se passe que, entourée de connasses à mioches, je me réveille)
Il paraît qu'on aborde la descente vers l'atterrissage et je me surprends à penser que ce n'était donc pas pour toujours, ce moment de tout remettre en question et en réponse, d'avoir peur d'avant et de penser à l'après; pourtant ça aurait pu continuer, j'avais encore plein de choses à dire mais la vie reprend, la vraie qui fait sortir le passeport et se remémorer l'horaire du bus qu'on doit prendre pour être sure de dormir dans un lit ce soir.
Ce soir?
Je croyais qu'on était le matin, ou hier, et on est déjà ce soir? Alors penser ferait se coucher le soleil en avance? Chouette. Ou zut. Ca dépend.
Les hublots que les passagers découvrent des stores tirés pour dormir à midi proposent une vue alléchante: l'eau; l'eau qui s'en fout pas mal de tout ça. L'eau qui est là, toujours, l'eau qui vaque et qui mouille comme dirait l'autre.
On nous dit la température et l'heure locale pendant que les voisins remettent leurs chaussures et baillent, pâteux. Non, c'est pas le soir. Il est presque encore trop tôt d'ailleurs, le temps de vie que j'ai gagné, je crains fort de le perdre en errance touristique.
Je ne sais absolument pas où je vais ni ce que je vais faire. Pour l'instant, je suis juste remplie de la flatterie que le soleil m'a faite, en m'attendant pour se coucher, son élégance me bouleverse et j'ai hâte de défaire ma ceinture pour m'en aller l'étreindre.
Personne ne m'attend à l'arrivée. Je suis vraiment partie.
-maispastrop-
Pas un coup de tête à une autre tête pour casser le nez d'un voyou qui voudrait voler mon sac, non, un coup de tête de moi toute seule dans le vide, dans l'air, face à personne ni rien sinon l'à venir. Ou à moi-même. Un coup d'accélérateur aussi.
Parce que je travaille, j'ai droit à des congés payés.
Congés. Congés. Congés.
Ok, je répète le mot dans ma tête, et puis à voix haute, et puis à la Antoine Doinel, devant mon miroir qu'il faut absolument que je pense à nettoyer -à croire que je me lave les dents en faisant des claquettes et en chantant: y'a plein de petites éclaboussures blanches de dentifrice agglutinées dessus-.
Mais, ça ne me dit rien, "congés", ça n'évoque pas d'image, de souvenirs, d'espoir, ça ne fait que m'embourber. Congés de quoi, de qui et puis... même si je trouvais la réponse, comment prendre congé de ces réponses?
Devant moi se présente une semaine de sept jours, du début à la fin, j'y échapperai pas, avec le jour de la lune le lundi et celui du seigneur le dimanche, en passant par le vendredi du poisson et le mercredi de ceux qui n'osent pas dire "merde"; une semaine de sept jours qui va demander à être comblée. De congés donc. Et puisqu'on me les paie, je ne peux décemment pas refuser.
Je suis là comme ça, un coude sur la table, la main qui supporte ma joue, les doigts qui pianotent leurs questionnaires sur mon visage et ma jambe qui frétille d'impatience dans l'attente d'une répartie valable. Oui, nous sommes en vacances, mon corps, ma tête et moi; mais , sans mauvais jeu de mots, nous ne sommes pas vacants pour autant, on est tout à fait occupés et remplis et limite débordants. Paris m'inspire un nombre de démarches administratives que je ne peux même pas compter sur tous mes doigts. Et pourtant, j'en ai dix.
Je sais. Je sais, normalement, les gens normaux, ils attendent le jour J de leurs congés payés, ils attendent que ça. Ils zyeutent l'horloge qui, bien sur, pour marquer le coup, s'attarde un peu entre les secondes. Ils frétillent, trépignent et bondissent tout à coup pour se ruer dans un métro qui les déposera à la gare promise vers une terre promue. Plus rien n'a d'importance, ils sont en VACANCES.
"Qu'est ce qu'on va faire de nous" dis-je à ma jambe impatiente, ma main qui pianote et ma tête embrumée, qu'est ce qu'on va faire de nous?
C'est quand je ne sais plus quoi faire que je sollicite le reste de moi, confiante, pour qu'ils répondent avec des gestes quand mon cortex peine à fabriquer des idées; et il se trouve que, quelques fois, ça paie. Ca paie pas mes congés mais ça propose tout de même d'ordonner à ma main de surveiller la météo à venir pour ces interminables jours prochains.
Ca hésite entre le gris et le blanc, les minimales sont minimes et les maximales, lilliputiennes.
Non pas que j'accorde beaucoup d'importance au temps, mais tant qu'à l'avoir pour compagnon, autant qu'il soit de bonne humeur.
J'élargis ma recherche au reste de mon pays. Mon pays c'est la France. Bon.
Je ne vais pas m'étaler sur le problème du réchauffement de la planète là tout de suite, mais, sur le coup, j'y ai pensé beaucoup, ça m'a assombrie davantage encore; j'allais finir par ressembler au cumulonimbus du lendemain.
Comme il n'y a pas de limites avec ce truc, internet, je ne me suis pas gênée, j'ai demandé si en Italie par exemple, le soleil, cette star tant convoitée, daignait se pointer.
De frontières en frontières, je me suis retrouvée à demander la météo de pays aux noms improbables et très chantants, presque pour me rassurer, pour être sûre que, quelque part, au mois de juin, des gens mettaient des lunettes de soleil dans leurs sacs et pas des parapluies.
Sénégal, minimale: 18°, maximale: 34°, précipitations: 0 mm, lever du soleil: 06h40
, coucher du soleil: 19h40.
Ca m'a fait l'effet d'un coup de boule.
Aucune précipitation: parfait pour quelqu'un qui veut prendre son temps.Un lever du soleil à l'heure à laquelle j'ai trop tendance à me coucher.
Et un coucher du soleil... inversement....bref.
Pourquoi ne pas aller voir si la rose frétille à 6h40 sous 18° tandis qu'aucune pluie ne vient troubler la caresse de l'astre sur ma peau parisienne qui se met au vert?
Subitement, le mot "congés" prend forme.
Oui mais.
Il y a toujours un "mais" et celui çi est de taille: il coute.
Pour aller tâter l'eau de Dakar, on me demandera de sortir de l'argent que je n'ai pas, j'en suis sure, c'est toujours le même refrain, on n'a rien sans rien, on connait la chanson, le lundi au soleil, c'est une chose qu'on ne vivra jamais et compagnie.
Oui mais.
Quand un "mais" rencontre un autre "mais", ça équivaut à rien du tout, ça s'annule, un peu comme en maths je crois. (Ouhla, je ne suis pas sure du tout du tout de ce que j'avance).
On pourrait effacer les 5 dernières lignes, somme toute.
On pourrait effacer les 5 dernières lignes, somme toute.
Oui mais, donc, je tombe, aïe, sur une proposition absolument indécente.
Proposition que j'accepte en fille facile, je clique sur "allez hop".
Bam, j'ai un billet. Zou,je fais mon balluchon. Tac tac, je fonce à Orly Sud. Couic, j'oublie de prévenir les gens.
J'oublie pas vraiment, disons que j'omets. Sauf celle qui m'a mise au monde, parce qu'elle m'a mise au monde elle a le droit de savoir toujours où je me situe sur le monde dans lequel elle m'a mise. Bon.
Je ne vais pas dormir, non, parce que le départ a beaucoup plus d'impact quand on le savoure depuis 6 heures; rien à voir avec le lever hagard, le café avalé à gauche, la cigarette qui passe mal à droite, le rer qui va dans quel sens bordel. Non non non.
A 6h30, je suis prête, sur mon perron, l'oeil vif, limite malicieux, le passeport frétillant, Paris déjà jalouse. Hé oui ma vieille, là où je vais, dans dix minutes il fait jour et pas qu'un peu.
N'empêche, même sous un ciel bougon et aussi matinal, t'as une de ces gueule... tu sais comme personne jouer avec facétie sur les façades d'Hausmann, flirter entre le lugubre et le luminescent; l'eau balancée par les éboueurs scintille sous la fin de vie des réverbères, je me dis c'est pas possible, tu triches; au détour d'un feu, tu nous attrapes parce que ton avenue offre une perspective parfaite sur le ciel du mauvais temps à venir. Cherche pas, tu me retiendras pas. Cherche pas, tu pourrais me retenir. Me cherche pas. Laisse moi partir.
Qu'est ce que c'est que tout ce monde qui court dans les correspondances? Dites moi pas que vous allez travailler, là, sans déconner?
Pardon.
Je dis ça la tête baissée.
Pourtant j'ai pas honte.
Mais j'avoue que la dernière fois que j'ai pris le métro à cette heure çi, c'était pour rentrer d'un endroit d'où je venais alors que j'y avais festoyé et que je rentrais pour dormir, oui bon, voilà, c'est dit. Vous, vous partiez travailler. Vous veniez de l'endroit où vous dormiez pour aller pas festoyer du tout. Souvent, je vous croisais le vendredi et pour vous c'était déjà samedi. Souvent, j'étais pas absolument nette. Et vous, impec. Vous me faisiez mal aux yeux tellement vous étiez resplendissants. Je préférais même les plonger dans ceux de mon semblable pour la peine, que j'avais même pas.
Et aujourd'hui. Tout ce que j'ai bu, c'est 4 cafés pour tenir la blanche nuit, je pars pour simplement partir avec cette étrange et pourquoi pas agréable impression de ne venir de nulle part pour aller n'importe où, si le vent me mène là où vont les proverbes, ce sera déjà pas mal.
Vos cernes. J'ai les mêmes.
Dans deux heures, je m'envoie en l'air les chouchouter via une compagnie toute aérienne. Je crâne pas. Mais quand même, vous tous, là, vous donnez un poids conséquent à une simple escapade.
Merci.
Il fait toujours beau au-dessus des nuages, à 300 mètres d'altitude, on est tous égaux. Lui aussi, ses oreilles se bouchent quand on décolle; toi, je te vois bien t'accrocher l'air de rien quand on passe un trou d'air. Nous sommes si peu de choses. Si peu de choses présurisables.
J'ai prévenu personne. Est ce que je vais manquer à quelqu'un. J'ai éteint le portable. Et ce qu'il frétillera comme une cocotte minute quand je le rallumerai.
Se poser ces questions là, c'est refuser de partir complètement.
"Mademoiselle, il faut relever votre tablette, éteindre votre téléphone et attacher votre ceinture s'il vous plaît".
...
Ne pas écrire,
ne pas être joignable,
me protéger d'une éventuelle mort subite subie.
Je suis pas sure d'être prête pour ça, vous savez, j'ai peur dans l'avion et je me fiche absolument de savoir où sont les gilets de sauvetage, j'y crois pas une seconde, c'est fait pour rassurer pas pour sauver, vous le savez aussi. En plus, j'ai pris l'habitude bizarre de serrer la main de la personne qui m'accompagne, à l'atterrissage, pile poil au moment où les roues touchent la piste, on se serre la main; faut que ce soit vraiment au même moment, sans se regarder parce que c'est déjà assez émouvant comme ça, alors à qui je vais serrer la main, moi.
Vous êtes là dans votre uniforme mal taillé, franchement vous êtes pas à votre avantage, vous me parlez technique, je vous réponds sentiments, vous faites votre boulot, je fuis le mien il parait. On n'arrête pas de se rater nous tous.
Mais il fait toujours beau à 300 mètres d'altitude et même si je sais qu'on perdra la course avec le soleil du lundi, ça me ravit de faire un bout de chemin à côté de lui, presque à sa vitesse.
Subitement, le mot "congé" prend fond.
Les aéroports, les départs en général, certaines chansons, quelques livres, deux trois souvenirs... on se rappelle ce qu'on est vraiment et on se demande, alors, pourquoi les gens qui disent nous aimer nous aiment. Là où je vais, d'autres sont allés, mais pour moi c'est la première fois et c'est tout ce qui compte, c'est donc la toute première fois. Pour vous que j'aime, pour vous qui m'aimez peut-être, pour cette hôtesse, pour ce soleil rapide comme la lumière, c'est la première fois.
Et la première fois, c'est sacré, toujours. Je ne laisserai personne dire le contraire.
Jamais.
(......... ici il se passe que, bouleversée par autant de reflexions et de cafés, je m'endors)
(......... ici, il se passe que, entourée de connasses à mioches, je me réveille)
Il paraît qu'on aborde la descente vers l'atterrissage et je me surprends à penser que ce n'était donc pas pour toujours, ce moment de tout remettre en question et en réponse, d'avoir peur d'avant et de penser à l'après; pourtant ça aurait pu continuer, j'avais encore plein de choses à dire mais la vie reprend, la vraie qui fait sortir le passeport et se remémorer l'horaire du bus qu'on doit prendre pour être sure de dormir dans un lit ce soir.
Ce soir?
Je croyais qu'on était le matin, ou hier, et on est déjà ce soir? Alors penser ferait se coucher le soleil en avance? Chouette. Ou zut. Ca dépend.
Les hublots que les passagers découvrent des stores tirés pour dormir à midi proposent une vue alléchante: l'eau; l'eau qui s'en fout pas mal de tout ça. L'eau qui est là, toujours, l'eau qui vaque et qui mouille comme dirait l'autre.
On nous dit la température et l'heure locale pendant que les voisins remettent leurs chaussures et baillent, pâteux. Non, c'est pas le soir. Il est presque encore trop tôt d'ailleurs, le temps de vie que j'ai gagné, je crains fort de le perdre en errance touristique.
Je ne sais absolument pas où je vais ni ce que je vais faire. Pour l'instant, je suis juste remplie de la flatterie que le soleil m'a faite, en m'attendant pour se coucher, son élégance me bouleverse et j'ai hâte de défaire ma ceinture pour m'en aller l'étreindre.
Personne ne m'attend à l'arrivée. Je suis vraiment partie.
-maispastrop-
Fluctuat nec mergitur
Je ne vivrai jamais
le bonheur béat de découvrir cette ville, j’envie le touriste qui pose pour la 1ère fois le pied sur le sol de ma capitale amie.
Je la connais trop, je l’ai dans le sang, elle circule à toute bringue et donne le tournis à mes nuits. Elle m’accompagne, dans les ruelles poisseuses et sous les réverbères romantiques, d'une rive à l'autre, par des ponts cinématographiques; elle est là, toujours, fidèle comme mon ombre. Ma main dans la sienne, tout est possible.
Paris, ville lumière, puisque nous y sommes tous des génies.
-maispastrop-
En noir et blanc
Pardon, tout d’abord. Je m’excuse. Et puis, c’est déjà trop grossier ; je ne m’excuse pas moi-même toute seule, ce serait trop facile. Je te prie, à genoux s’il le faut, de m’excuser pour cette lâcheté. Latente. Fourbe. Ma lâcheté de serpent d’eau. Et leurs langues de vipères. J’ai laissé beaucoup d’entre eux salir ta réputation déjà bien esquintée. Parce que j’étais fatiguée, ou simplement ailleurs. Parce qu’ils étaient trop nombreux ou simplement trop cons.
J’aurais du crier, contester, argumenter, me battre, pourquoi pas ; sauver ça. Nettoyer leur crasse quitte à faire table rase. Et me retrouver seule absolument, d’autant plus proche de toi.
J’ai pensé que tu pourrais te débrouiller, te défendre et leur montrer qu’ils avaient tort ; j’ai fait confiance à ton image et à ta renommée qui s’étalent au-delà du visible, et brillent, comme on dit, par-delà les frontières de classes sociales et asociales.
Et puis, tu t’en fous certainement, tu flottes, ailleurs. Là où tu es, y a rien au-dessus. Souvent c’est à toi que je pense quand je monte sur mon toit, faire bronzette et causette avec des petits bouts de toi.
Je crois frôler tes petons, à portée de mes mains, ça me lance d’un frisson qui aime s’attarder aux creux de mes genoux.
Tout peut bien s’écrouler.
Comme à l’écoute d’une musique sublime et dite universelle, je sens partout la force de la beauté, son pouvoir absolu, quelque peu inquiétant, maître de tout. Tu es en chacun de nous et dans le fond des bouteilles, dans les restes d’un repas de fête, dans les ruelles obscures, dans leurs réverbères cassés et entre chaque pistil de chaque marguerite. Et entre chaque cil artificiel collé pour plaire aux ploucs, enlevés à la hâte. T’es là, juste là, regarde.
Tu cours nue, hagarde, ivre peut-être, sur les autoroutes. Tu erres, véhiculant la folie de la solitude entre les voitures trop peu remplies. Certains t’ont aperçue, ont voulu t’attraper, t’ont frôlée ; risquant leurs vies. C’est pas qu’une métaphore de pacotille. Du Boutan à Varsovie, on connaît ton nom. Tout le monde l’a prononcé une fois au moins. (J’aimerais confectionner un boîtier magique qui comptabiliserait chaque nouvelle fois où on parle de toi .)
Un ami m’appelle, me sort de ma rêverie, me dit « ce soir, y a un théma Arte sur Marilyn ».
Et de une.
Y a que pour toi que j’utilise les grands mots, le vocabulaire définitif, les jamais et toujours. Pour toi, je veux, j’ai pas peur, j’y crois vraiment dans mon intestin, et les courbatures de mes nuits passées à essayer d’atteindre la douceur de ta peau mélangée à la violence de ta force et à ton inimitable fragilité.
-maispastrop-
La Ville Trou
Ici, Paris.
Ca a l’air d’une grande foire aux fous, surtout quand on rentre de Trouville.
Trouville sur Mer, j'entends. Ca a son importance.
Dès le quai de la gare, on n'a pas le temps de dire "ouf".... d'ailleurs, personne ne dit plus "ouf" en sortant du train mais "où est ce que j'ai mis ce satané paquet de cigarettes?"
Dès le quai de la gare, on n'a pas le temps de dire "où est ce que j'ai mis ce satané paquet de cigarettes?" qu'il y a déjà des gens vraiment partout, presque sur nos pieds, peu d'espace de trottoir disponible, une agitation salariale, syndicale, républicaine, post-punk dans le fond à droite et une tension sexuelle palpable, en opposition avec ces dernières 48 heures de promenades sur les marchés aux poissons, de thés trop chauds bus au ralenti vue sur la mer qui monte et descend pendant qu'on se fiche que le temps passe parce qu'on n'a pas d'urgence, de baignades timides mais courageuses, emportés par la houle et pas du tout la foule.
Paris donc, bonjour, bonjour le bordel.
Mais le métro schmoute admirablement bien, je le respire à pleins poumons et je jubile devant les insultes que s’échangent mécaniquement les passagers, mes semblables. Certains d'entre eux s'attardent, jaloux, sur les tâches de rousseur que le soleil a préféré dessiner sur mon nez plutôt que sur le leur. Ca ne me dérange pas, regardez moi de haut en bas de long en comme vous voudrez, divergeant pourquoi pas, peu m'importe. La carapace réapparaît tout de suite, dans cette ville; elle est fournie avec le billet, une sorte d'assurance. Allez-y, ça glisse.
Quel dommage que tout cela se termine dans un arrondissement quelconque, le XIIIe pour ne pas le citer, côté avenues et portes à veau l’eau. Quel dommage que cette débandade s’éternise dans un appartement, le mien, le premier et le dernier à m’infliger un rez-de-chaussée et aucune vue possible sur les bousculades de l’après-midi et les solitaires de la nuit. C'est décidé, la prochaine fois, j'habiterai en haut de l'immeuble, là où y'a rien au dessus et vous tout en dessous.
Quand j’éteins, que je me couche, je suis entourée d’une grande brume impénétrable de silence ; Toute forme de vie aurait disparu que ce ne serait pas plus calme. Pour mon salut, les ras du sol de la ville ont le grand privilège de recevoir les frissons des trains de cargaisons du métro, rares mais costauds; ils me rappellent qu'il y a âme qui vive, quelque part, même si elle s'ennuie mortellement.
Heureusement, j’ai choisi un train du soir et l’émotion suscitée par les retrouvailles avec la capitale m’a suffisamment épuisée pour qu’à peine arrivée, je m’écroule et, sitôt après, m’endorme.
Un brouhaha me sort de mon sommeil, mon cher sommeil, mon sommeil chéri, on m'arrache à toi via du boucan de ménage que le concierge fait dans la cour. Sans me faire la cour, bien au contraire. Merde, ses étrennes, il peut se les mettre où je pense, bien qu'à cette heure matinale, j'aie du mal à penser à quoique ce soit, vous voyez ce que je veux dire.
Ca y est, tout revient. J'avais pourtant oublié tout et tout le monde ces derniers jours, les priorités parisiennes ne pesaient plus rien face à celles de la Normandie, je pensais "mer", "poissons", "sable", "crevettes" et "iode" de tout mon coeur. Mais tout revient. Tout revient toujours.
Tout ce dont je me suis remplie, tout cet air pur qui recouvrait, balayait même, la crasse de la ville....tout disparaît au premier claquement de doigts de la capitale, ça fait ça avec l'amour de notre vie, on obéit, on est là tout de suite disponible comme avant, à l'heure au rendez-vous, au garde à vous.
Le son du hall semble ne m'avoir jamais quittée, on dirait qu'il est payé pour faire s'enchaîner mes pensées sur des choses autrement moins balnéaires. Ca y est, tout revient et moi avec.
Moi et cette idée, audacieuse, d'essayer un jour de vivre sans lendemain. Demain, je ferai celle qui n'a pas d'obligation, demain, je traînerai dans le quartier en ne prenant que les rues que je n'ai jamais empruntées, en m'arrêtant partout, en parlant à tout le monde. Et, quand l'occasion se présentera, je l'attraperai pour faire de cette journée un moment incroyable, différent, inoubliable. Un de ces moments qui requinque. Une bouffée d'air pur, une grande respiration au bord de la mer un peu agitée. Demain, je repartirai à la Gare en direction de Trouville et quand le controleur me demandera si j'ai un billet de retour, je sourirai sans rien dire; consciente que la bonne réponse aurait du être "surtout pas " et que la vraie réponse sera "oui, en seconde, avec un changement à Lisieux".
-maispastrop-
Ca a l’air d’une grande foire aux fous, surtout quand on rentre de Trouville.
Trouville sur Mer, j'entends. Ca a son importance.
Dès le quai de la gare, on n'a pas le temps de dire "ouf".... d'ailleurs, personne ne dit plus "ouf" en sortant du train mais "où est ce que j'ai mis ce satané paquet de cigarettes?"
Dès le quai de la gare, on n'a pas le temps de dire "où est ce que j'ai mis ce satané paquet de cigarettes?" qu'il y a déjà des gens vraiment partout, presque sur nos pieds, peu d'espace de trottoir disponible, une agitation salariale, syndicale, républicaine, post-punk dans le fond à droite et une tension sexuelle palpable, en opposition avec ces dernières 48 heures de promenades sur les marchés aux poissons, de thés trop chauds bus au ralenti vue sur la mer qui monte et descend pendant qu'on se fiche que le temps passe parce qu'on n'a pas d'urgence, de baignades timides mais courageuses, emportés par la houle et pas du tout la foule.
Paris donc, bonjour, bonjour le bordel.
Mais le métro schmoute admirablement bien, je le respire à pleins poumons et je jubile devant les insultes que s’échangent mécaniquement les passagers, mes semblables. Certains d'entre eux s'attardent, jaloux, sur les tâches de rousseur que le soleil a préféré dessiner sur mon nez plutôt que sur le leur. Ca ne me dérange pas, regardez moi de haut en bas de long en comme vous voudrez, divergeant pourquoi pas, peu m'importe. La carapace réapparaît tout de suite, dans cette ville; elle est fournie avec le billet, une sorte d'assurance. Allez-y, ça glisse.
Quel dommage que tout cela se termine dans un arrondissement quelconque, le XIIIe pour ne pas le citer, côté avenues et portes à veau l’eau. Quel dommage que cette débandade s’éternise dans un appartement, le mien, le premier et le dernier à m’infliger un rez-de-chaussée et aucune vue possible sur les bousculades de l’après-midi et les solitaires de la nuit. C'est décidé, la prochaine fois, j'habiterai en haut de l'immeuble, là où y'a rien au dessus et vous tout en dessous.
Quand j’éteins, que je me couche, je suis entourée d’une grande brume impénétrable de silence ; Toute forme de vie aurait disparu que ce ne serait pas plus calme. Pour mon salut, les ras du sol de la ville ont le grand privilège de recevoir les frissons des trains de cargaisons du métro, rares mais costauds; ils me rappellent qu'il y a âme qui vive, quelque part, même si elle s'ennuie mortellement.
Heureusement, j’ai choisi un train du soir et l’émotion suscitée par les retrouvailles avec la capitale m’a suffisamment épuisée pour qu’à peine arrivée, je m’écroule et, sitôt après, m’endorme.
Un brouhaha me sort de mon sommeil, mon cher sommeil, mon sommeil chéri, on m'arrache à toi via du boucan de ménage que le concierge fait dans la cour. Sans me faire la cour, bien au contraire. Merde, ses étrennes, il peut se les mettre où je pense, bien qu'à cette heure matinale, j'aie du mal à penser à quoique ce soit, vous voyez ce que je veux dire.
Ca y est, tout revient. J'avais pourtant oublié tout et tout le monde ces derniers jours, les priorités parisiennes ne pesaient plus rien face à celles de la Normandie, je pensais "mer", "poissons", "sable", "crevettes" et "iode" de tout mon coeur. Mais tout revient. Tout revient toujours.
Tout ce dont je me suis remplie, tout cet air pur qui recouvrait, balayait même, la crasse de la ville....tout disparaît au premier claquement de doigts de la capitale, ça fait ça avec l'amour de notre vie, on obéit, on est là tout de suite disponible comme avant, à l'heure au rendez-vous, au garde à vous.Le son du hall semble ne m'avoir jamais quittée, on dirait qu'il est payé pour faire s'enchaîner mes pensées sur des choses autrement moins balnéaires. Ca y est, tout revient et moi avec.
Moi et cette idée, audacieuse, d'essayer un jour de vivre sans lendemain. Demain, je ferai celle qui n'a pas d'obligation, demain, je traînerai dans le quartier en ne prenant que les rues que je n'ai jamais empruntées, en m'arrêtant partout, en parlant à tout le monde. Et, quand l'occasion se présentera, je l'attraperai pour faire de cette journée un moment incroyable, différent, inoubliable. Un de ces moments qui requinque. Une bouffée d'air pur, une grande respiration au bord de la mer un peu agitée. Demain, je repartirai à la Gare en direction de Trouville et quand le controleur me demandera si j'ai un billet de retour, je sourirai sans rien dire; consciente que la bonne réponse aurait du être "surtout pas " et que la vraie réponse sera "oui, en seconde, avec un changement à Lisieux".
-maispastrop-
Je voulais prendre un taxi,
je voulais vraiment, impossible de m'imaginer marcher les 15 prochaines minutes pour tomber sur des balourds en rut tout en me faisant des ampoules. Ca tombait bien, y'avait pile poil un chauffeur disponible. Il était accompagné: à sa droite, il y avait une amie. Ils m'ont raconté qu'elle terminait au moment où il commençait, tout ça au même endroit et que donc, ils avaient pris l'habitude de passer sa première heure à lui et sa dernière à elle, dans la voiture, à s'échanger leur commentaires composés de la journée passée et à venir.
Ca m'a renvoyée un tas d'années en avant et au moment précis où je me remémorais mes après-midi au café avec mes collègues de lycée, la fille à la place du mort m'a offert une photo: une photo de mariage, une vraie d'époque, un noir et sépia blanc sale, une mariée engoncée, une famille à dot, un sourire de circonstance. On sent presque l'odeur du voile et du buffet, naphtaline.
J'ai des amis d'enfance, j'en ai quelques uns, juste ce qu'il faut.
Si je me penche sur la question, et allons-y, j'ai pas peur du vide, alors je peux jurer - sur la tête de ma mère que j'aime par dessus tout- que mes amis d'enfance, je les aime par dessus tout, presque autant que ma mère.
Ils ont un gout et une odeur, quand je les retrouve, c'est moi que j'arrête de perdre; les mots coulent, les gestes sont évidents, les choses retrouvent leur place, y'a ma main sur son épaule, leur regard dans mon passé, ta mimique que j'ai calquée et l'évidence est évidente. Pire qu'à demi-mot on se comprend: dans le silence, nous nous parlons.
Alors, pourquoi est ce que je n'arrive plus à avoir le quotidien d'avant avec vous. A l'époque, nos rendez-vous étaient réguliers comme un métronome, on n'avait même pas rendez-vous, en réalité, on était là, c'était comme ça. Dans les pattes les uns des autres, à se croche-patter joyeusement. Evident, encore une fois.
Alors, pourquoi?
Aujourd'hui, vous êtes où? Et moi, moi je suis loin comment de votre vie, de vos habitudes, de vos réflexes?
Vous inquiétez pas: je m'inquiète pas, parce que je sais depuis le dedans de mes tripes que ça ne bougera pas, qu'on pourra toujours, même après dix ans de disette, s'assoir côte à côte au café, regarder les gens passer et penser les mêmes choses, au même moment, se regarder furtivement et savoir que l'autre sait. L'économie de mots et la profusion de sensations, ça a toujours été comme ça dans nos grands moments.
Donc, je ne m'inquiète pas, simplement, je m'interroge. C'est même plutôt vous qui semblez soucieux. Je sais, je sais, j'ai oublié de répondre aux appels, j'ai dit que je venais à l'anniversaire et j'ai envoyé un message d'excuse le lendemain, j'ai rien proposé pendant des mois, j'étais pas là parce que j'étais ailleurs. Vous avez deviné. J'ai rencontré d'autres personnes. Vous avez compris. Des personnes que j'ai aimées très vite, pas comme vous que j'ai mis du temps à accepter. Je les aime encore mais la fulgurance de notre intimité, à laquelle j'ai cru, vraiment, viscéralement, s'est trouvée confrontée à la vraie vie tout à coup. Et j'ai compris qu'il manquait quelque chose à notre soit disant complicité de 10 ans d'amitié: 9 ans 1/2 .
Est ce que c'est ça que j'aime chez eux: qu'ils ne me connaissent pas en étant persuadés du contraire, les laisser faire et jouer à quelqu'un d'autre?
Est ce que c'est ça qui me pèse avec vous: que vous me connaissiez par coeur, et que par le coeur, vous m'aimiez sans que j'aie à vous séduire?
J'ai pas beaucoup de famille, vous êtes celle que je me suis choisie et par là même, il n'y a pas un jour qui ne se passe sans que je ne pense à vous, et, plus précisément, à votre bonheur.
C'est peut-être ça la différence. Avec les autres, j'ai besoin de partager le bonheur.
Avec vous, il me suffit de savoir que vous le vivez.
Mais aujourd'hui, devant cette photo, j'ai envie d'arrêter de m'accommoder de nos milliards de souvenirs et d'en construire d'autres, convaincue que je vous découvrirai encore, que j'aurai tort en croyant tout pouvoir prévoir, que vous serez, encore une fois, digne d'une famille recomposée, celle qui part dans tous les sens mais arrive toujours à la même destination: l'évidence d'être ensemble.

-maispastrop-
Nicolas et Pimprenelle
Une nuit agitée s'il en est.
Des rêves, par millions, des rêves qui se mélangent à la vie, des rêves dont on sort en ne sachant plus ce qui est vrai ce qui ne l'est pas, étant nous-même un mélange des deux; des rêves dont on s'extirpe, tant bien que mal, en étant obligée d'admettre que cette personne compte, que cette histoire influe, que ces sentiments existent. La preuve, on en est encore toute habitée.
Des rêves réveillée, des rêves qui réveillent.
"Haaaaaaaaa", je n'ai jamais respiré aussi fort, aussi profond, pour me sauver d'une apnée contrite. Comme dans les mauvais films, je me réveille moite, hirsute, inquiète, le geste hagard pour toucher quelque chose de réel, me raccrocher à de la matière tout en m'attendant à trouver du sang sur mon front ou un homme dans mon lit.
J'ai rêvé de toi. Mais, j'ai rêvé de toi comme si c'était vrai, t'étais pareil, y'avait ton odeur, notre complicité, tu portais nos souvenirs; c'était juste là.
Ca m'était jamais arrivée, de me réveiller en larmes. Je ne l'ai pas remarqué tout de suite, je pleurais et c'était normal, et puis, quand mes yeux se sont faits à l'obscurité et ont commencé à discerner les objets, la forme de la pièce, le vide du lit, ma tête a percuté que tout ça, c'était pour de faux et c'est précisément là que j'ai senti les larmes sur ma peau.
Ridicule, je me suis dit. C'est ridicule.
Quand même, j'ai pleuré encore un peu. Pas grand chose, juste ce qu'il fallait pour ne pas nier, pas faire semblant, accepter que, dis donc, y s'en passe des choses là haut que je préférerais mettre à la trappe.
Qu'elles viennent, bienvenue, faites comme chez vous, même pas peur.
Enfin bon, toute accueillante que je suis, je ne m'en trouve pas moins déconcertée, assise un peu, allongée aussi, les muscles fatigués, remplie du silence de la nuit à ne plus jamais retrouver le sommeil et me refaire le film, non sans un certain plaisir. Je revis les scènes alors que déjà elles s'effacent, je pense à les écrire et puis, non, me lever, trouver un stylo, du papier, tout serait déjà parti; alors je reste dans cet entre-deux douillet et quand tout s'est évaporé, j'essaie de ressombrer et de continuer l'histoire. Reprendre là où je me suis réveillée, pile là, pour changer la fin. Ne pas rester sur une malheureuse dernière bouchée moins bonne que les autres, recouvrir de dessert.
Evidemment que non, ça ne vient pas. Je gigote dans les draps, m'agace, essaie de respirer calmement, me rassied, bois de l'eau, regarde l'heure qui me nargue. Trop tard ou trop tôt.
Des idées absolument ennuyantes arrivent, est ce que j'ai payé edf, faudrait que je fasse une lessive, mon banquier me fait peur.
Bon.
Autant l'admettre tout de suite et ne pas dépenser le peu d'énergie qu'il reste à se battre inutilement, je déclare forfait, voilà, ok, cette journée va être merdique.
J'ai envie d'appeler ceux qui étaient dans mon rêve. Leur dire.
Ils ne comprendraient pas.
Il paraît qu'on est tous les personnages de nos rêves, le méchant, le gentil, le type à l'arrière plan, la vieille prof de CP qui sort de nulle part, c'est nous.
Je te ressemble beaucoup alors.
Ou l'inverse.
Trop surement.
Allons marcher et regarder les réverbères s'éteindre avec le petit jour.

-maispastrop-
Des rêves, par millions, des rêves qui se mélangent à la vie, des rêves dont on sort en ne sachant plus ce qui est vrai ce qui ne l'est pas, étant nous-même un mélange des deux; des rêves dont on s'extirpe, tant bien que mal, en étant obligée d'admettre que cette personne compte, que cette histoire influe, que ces sentiments existent. La preuve, on en est encore toute habitée.
Des rêves réveillée, des rêves qui réveillent.
"Haaaaaaaaa", je n'ai jamais respiré aussi fort, aussi profond, pour me sauver d'une apnée contrite. Comme dans les mauvais films, je me réveille moite, hirsute, inquiète, le geste hagard pour toucher quelque chose de réel, me raccrocher à de la matière tout en m'attendant à trouver du sang sur mon front ou un homme dans mon lit.
J'ai rêvé de toi. Mais, j'ai rêvé de toi comme si c'était vrai, t'étais pareil, y'avait ton odeur, notre complicité, tu portais nos souvenirs; c'était juste là.
Ca m'était jamais arrivée, de me réveiller en larmes. Je ne l'ai pas remarqué tout de suite, je pleurais et c'était normal, et puis, quand mes yeux se sont faits à l'obscurité et ont commencé à discerner les objets, la forme de la pièce, le vide du lit, ma tête a percuté que tout ça, c'était pour de faux et c'est précisément là que j'ai senti les larmes sur ma peau.
Ridicule, je me suis dit. C'est ridicule.
Quand même, j'ai pleuré encore un peu. Pas grand chose, juste ce qu'il fallait pour ne pas nier, pas faire semblant, accepter que, dis donc, y s'en passe des choses là haut que je préférerais mettre à la trappe.
Qu'elles viennent, bienvenue, faites comme chez vous, même pas peur.
Enfin bon, toute accueillante que je suis, je ne m'en trouve pas moins déconcertée, assise un peu, allongée aussi, les muscles fatigués, remplie du silence de la nuit à ne plus jamais retrouver le sommeil et me refaire le film, non sans un certain plaisir. Je revis les scènes alors que déjà elles s'effacent, je pense à les écrire et puis, non, me lever, trouver un stylo, du papier, tout serait déjà parti; alors je reste dans cet entre-deux douillet et quand tout s'est évaporé, j'essaie de ressombrer et de continuer l'histoire. Reprendre là où je me suis réveillée, pile là, pour changer la fin. Ne pas rester sur une malheureuse dernière bouchée moins bonne que les autres, recouvrir de dessert.
Evidemment que non, ça ne vient pas. Je gigote dans les draps, m'agace, essaie de respirer calmement, me rassied, bois de l'eau, regarde l'heure qui me nargue. Trop tard ou trop tôt.
Des idées absolument ennuyantes arrivent, est ce que j'ai payé edf, faudrait que je fasse une lessive, mon banquier me fait peur.
Bon.
Autant l'admettre tout de suite et ne pas dépenser le peu d'énergie qu'il reste à se battre inutilement, je déclare forfait, voilà, ok, cette journée va être merdique.
J'ai envie d'appeler ceux qui étaient dans mon rêve. Leur dire.
Ils ne comprendraient pas.
Il paraît qu'on est tous les personnages de nos rêves, le méchant, le gentil, le type à l'arrière plan, la vieille prof de CP qui sort de nulle part, c'est nous.
Je te ressemble beaucoup alors.
Ou l'inverse.
Trop surement.
Allons marcher et regarder les réverbères s'éteindre avec le petit jour.

-maispastrop-
bac + combien ?
Chateau rouge, tous les noirs
d
e
s
c
e
n
d
e
n
t.
J'ai rendez vous à Barbes, je suis en retard, il fait moite et courant d'air, bref, rien d'incroyable.
Le conducteur fait grésiller sa voix dans le micro pour nous proposer d'attendre quelques instants afin de réguler la circulation, et, en fait de proposition, c'est un peu directif. On n'a pas le choix, ducon, oui, on attend quelques instants, qu'est ce que tu veux qu'on fasse, franchement, t'en as d'autres des comme ça?
Y'en a qui pestent; y'en a qui n'entendent même pas, assourdis par leur livre; y'en a qui sortent, avec une exaspération toute théâtrale, comme si c'était vraiment le comble; et moi je regarde les "y'en a qui".
Une jeune fille décide de faire le reste du chemin à pied, laissant son amie dans le wagon; juste avant de disparaître dans la foule revendicatrice sur le quai, elle lance à son acolyte"tu viens en allemand, demain?".
D'abord, j'ai pensé: comment peut on "venir" en allemand, qu'est ce que c'est que ce nom de code à la con? Jouir en parlant la langue de Wagner? Se pointer déguiser en Walkirie?
Et, enfin, j'ai compris.
Est ce que tu viens en cours de deuxième langue ou est ce que tu sèches avec les potes, c'était ça que ça voulait dire. Ca m'a foutu un coup. De ne pas avoir compris tout de suite. Je compte dans ma tête avec l'aide de mes doigts à quand remonte mon dernier cours de langue.
Est ce que j'ai vieilli à ce point?
Pourtant quand je passe devant un lycée à l'heure où ils sortent, je me sens proche d'eux; je suis pareille; j'en suis sûre.
Comme eux, je ressens la même excitation à l'idée de retrouver tous mes amis; j'entretiens avec ces amis une complicité principalement basée sur le culte du n'importe quoi; je m'inquiète à l'idée que le joli garçon convoité par toutes veuille prendre un café avec moi, oui, moi. Et je sèche, souvent, les heures trop matinales. Je regarde d'un oeil rond d'étonnement les costumes cravates qui jugent ma tenue, je crache sur les institutions, je suis contre pas mal de choses, tout contre. J'arrive pas à ranger ma chambre, je fais tout au dernier moment et je suis me bats pour un monde meilleur. C'est vrai, j'ai ralenti les pétards et les messages tam-tam mais je suis pas pour autant comme les adultes, je vous jure, je suis comme vous, bande de glandeurs.
Je suis une lycéenne.
En tout cas, je vous ressemble davantage qu'aux autres.
Oui mais y'a toujours une mauvaise herbe pour me bousculer et s'excuser en disant "madame".
Madame.
Madame.
C'est pas moi, ça, je suis pas une madame, fichtre. Encore moins TA dame.
Un peu plus et je lui dirais "jeune con", tiens.
-maispastrop-

d
e
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n
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t.
J'ai rendez vous à Barbes, je suis en retard, il fait moite et courant d'air, bref, rien d'incroyable.
Le conducteur fait grésiller sa voix dans le micro pour nous proposer d'attendre quelques instants afin de réguler la circulation, et, en fait de proposition, c'est un peu directif. On n'a pas le choix, ducon, oui, on attend quelques instants, qu'est ce que tu veux qu'on fasse, franchement, t'en as d'autres des comme ça?
Y'en a qui pestent; y'en a qui n'entendent même pas, assourdis par leur livre; y'en a qui sortent, avec une exaspération toute théâtrale, comme si c'était vraiment le comble; et moi je regarde les "y'en a qui".
Une jeune fille décide de faire le reste du chemin à pied, laissant son amie dans le wagon; juste avant de disparaître dans la foule revendicatrice sur le quai, elle lance à son acolyte"tu viens en allemand, demain?".
D'abord, j'ai pensé: comment peut on "venir" en allemand, qu'est ce que c'est que ce nom de code à la con? Jouir en parlant la langue de Wagner? Se pointer déguiser en Walkirie?
Et, enfin, j'ai compris.
Est ce que tu viens en cours de deuxième langue ou est ce que tu sèches avec les potes, c'était ça que ça voulait dire. Ca m'a foutu un coup. De ne pas avoir compris tout de suite. Je compte dans ma tête avec l'aide de mes doigts à quand remonte mon dernier cours de langue.
Est ce que j'ai vieilli à ce point?
Pourtant quand je passe devant un lycée à l'heure où ils sortent, je me sens proche d'eux; je suis pareille; j'en suis sûre.
Comme eux, je ressens la même excitation à l'idée de retrouver tous mes amis; j'entretiens avec ces amis une complicité principalement basée sur le culte du n'importe quoi; je m'inquiète à l'idée que le joli garçon convoité par toutes veuille prendre un café avec moi, oui, moi. Et je sèche, souvent, les heures trop matinales. Je regarde d'un oeil rond d'étonnement les costumes cravates qui jugent ma tenue, je crache sur les institutions, je suis contre pas mal de choses, tout contre. J'arrive pas à ranger ma chambre, je fais tout au dernier moment et je suis me bats pour un monde meilleur. C'est vrai, j'ai ralenti les pétards et les messages tam-tam mais je suis pas pour autant comme les adultes, je vous jure, je suis comme vous, bande de glandeurs.
Je suis une lycéenne.
En tout cas, je vous ressemble davantage qu'aux autres.
Oui mais y'a toujours une mauvaise herbe pour me bousculer et s'excuser en disant "madame".
Madame.
Madame.
C'est pas moi, ça, je suis pas une madame, fichtre. Encore moins TA dame.
Un peu plus et je lui dirais "jeune con", tiens.
-maispastrop-

Pour du beurre. Du beurre salé sur du pain de seigle. Et quelques huîtres, c'est pas de refus. Ah du Pouilly Fumé? Oui, une bouteille, allez.
Qui a eu le premier l'idée de mettre des échalottes avec la viande rouge?
Des câpres même? De la préférer saignante, bleue, à point? Qui a pensé à dessiner ce qu'il regardait au lieu de simplement le voir? Ecrire ce que sa tête ruminait? Qui a ruminé avant les autres? Et d'où vient l'idée de créer du superflu, du dispensable, du luxe? Qui a décidé que ça s'appellerait la culture? Qui s'est ennuyé à regarder sa compagne en se disant que ce serait rigolo de lui mettre du rouge sur sa bouche? Est ce que celui qui a dit "je chie sur une toile, c'est une oeuvre d'art, oui oui" avait tort? Et celle qui décide de congeler son amant mort trop vite?
Il y a plusieurs milliers d'années, j'aurais mangé avec les mains un animal que j'aurais tué moi-même, recouverte d'une peau de mammouth à l'odeur plutôt douteuse, les cheveux en pagaille et du poil aux jambes. Après quoi, j'aurais été bien trop fatiguée pour que le coucher de soleil ait un quelconque effet sur mon romantisme, et encore il aurait fallu que je ramène le bétail et que je me reproduise avec un type qui me l'aurait imposé. Et puis de toute façon, le mot "romantisme" n'aurait pas encore eu de sens. Comment je me serais débrouillée pour faire de l'oeil ou lancer un bon mot au milieu d'une conversation agitée, hein, je vous le demande.
2008. Deux mille huit.
Il n'y a plus que ça qui me fasse un tant soit peu d'effet: les détails, ce dont on pourrait se passer mais qui fait la différence, le petit rien, l'accessoire.
L'essentiel m'apparaît principalement secondaire.
Je veux la cerise et pas forcément le gâteau. J'aime mettre les points mais je vous laisse les I. Qu'importe la robe pourvu que les chaussures s'entendent avec le sac. Le point virgule qui renseigne mieux que les 10 mots précédents. Les regards d'inconnus sur lesquels on ne se retourne pas. Les silences dans les films bavards. La respiration prise avant le refrain. Les insomnies. Les feuilles blanches. Les poémes appris par coeur.Et la mèche qui tombe sur l'oeil en s'accrochant sur le cil qui la fera valdinguer au gré de ses clignements, nous détournant de ce que la bouche dit.
Dire "pardon, tu disais?" à quelqu'un qui vient de prononcer pour la première de sa vie j.e.t.a.i.m.e., parce qu'on regardait ses mains valdinguer d'anxiété sur la tasse un peu cracra du café du coin.
La liste de mon pense-bête est une offense aux pays sous-développés, en voie de développement, pardon: elle met en priorité les moleskines, les expos qui se terminent bientôt, une bonne bouteille de vin. J'oublie parfois d'acheter solide, de penser utile. D'agir productif. D'agir tout court.
On est là, grâce à un ticket magnétique payé par 1 heure de travail à vendre des choses à des gens qui ont besoin d'autre chose, devant un tableau, peint par un type qui avait à peine de quoi payer ses pinceaux - parce que oui, c'est souvent le cas- et on dit des trucs. Après, on ira boire l'apéro avec d'autres individus et on partagera nos avis. Enfin "partager", c'est beaucoup dire. Disons qu'on s'en débarrassera. Des choses resteront, d'autre pas et peu importe, c'est pas important.
Chouette dimanche!
Ce qui entend le plus de bêtises sur cette terre, après les citoyens en période électorale, c'est très certainement la Joconde. Chacun y va de son petit avis. Elle fait quand même bonne figure, la coquine. Mais voilà, on l'a comprise, l'origine de son sourire, partagé entre l'absurdité de se voir figée sur toile , l'accablement de tout ce qu'on en dit et le plaisir de nous l'imposer, vaille que vaille, au fil des générations.
Qui sera le premier à avoir l'idée d'enregistrer tout ce qu'il se dit sous le plafond de la Sixtine?
Qui sera celui qui en fera une oeuvre d'art?
Des films, des livres, des concerts, des conférences, des débats, des vernissages, des dégustations, des inaugurations, des disques, des documentaires, des psychanalyses, des voyages, des manifs, des blogs....... J'ai faim et soif de ça. Je respire ça. Je fais caca ça.
Et, bien sur, c'est parce que j'ai de quoi manger et boire, surtout boire, et me loger aussi. Tout juste assez pour ne pas m'en soucier.
Il paraît que les limousines s'ennuient pendant que les deux chevaux essaient de tenir la route.
Mieux vaut rire dans une 2 chevaux que pleurer dans une limousine, donc.
Celui qui trime a besoin de l 'autre, l'autre qui a le temps de raconter ceux qui triment alors que, en fin de compte, il ne sait pas vraiment de quoi il parle. Leo de V avait besoin des critiques incapables de dessiner un oeuf reconnaissable; même pour en dire pique-pendre. Les créateurs de mode ont besoin des enfants du tiers monde qui vivent dans des bouts de sacs à patate, si si, je vous jure, ça les inspire pour les défilés printemps-été. Pas hiver quand même, faut pas pousser. Les cuisiniers ont besoin de moi qui crie au génie dès qu'un tartare est réussi, qui va embrasser le chef qui m'a convaincu d'associer ce vin et cette viande. Et moi j'ai besoin de ça, vibrer sur un bout de boeuf qui n'a rien demandé. Sentir des frissons dans le creux des genoux à la découverte d'un nouveau musicien, des accords qui étaient pas possibles avant, et rester prostrée devant l'incroyable vérité que quelqu'un que je n'ai jamais connu a écrit dans un bouquin que je sers fort contre moi. Avec lequel je vais m'endormir. Besoin de ça parce que sans ça, je suis rien, rien ne vaut rien.
Parce qu'en vérité, bande de "comme moi", qu'est ce qui nous sauve quand ça va pas et que merde, on a envie de taper du poing sur la table? C'est cette musique, cette ville où on est allé, ce livre qui n'attend que nous pour continuer.
C'est à ça que je suis réduite. Ca tient à pas grand chose.
Besoin de vous le dire aussi, manifestement.
Mais veiller, veiller à ne pas tout confondre. Ne pas oublier que le mot indispensable n'est que "dispensable" affublé d'un préfixe (par qui, tiens, d'ailleurs?), qu'il était pas là en preums. Croire, avec tout son coeur, que sans les autres, y'aurait simplement rien. Et que rien, c'est chiant. C'est précisemment pour ça qu'on a inventé les assaisonnements, les incipits et les outro musicales.
Est ce qu'ils cherchaient la beauté absolue? Essayer d'atteindre la beauté qui scie les jambes et coupe le souffle, la beauté qu'on vit obligatoirement seul face à une dimension tout à fait impossible à mesurer, bien trop grande. Une sorte d'âme soeur idéale.
Le résultat, ça compte pas vraiment en fin de compte.
Ce qui fait vivre c'est tout ce qu'on fait pour ne jamais y arriver complètement, à ce résultat.
Tout ça parce que tout à coup, l'effarante interrogation dans ma gueule: pourquoi t'écris, toi, petite crotte de mouche entre les mouches?
Tout ça parce que l'écrasante réponse: pour rien.
-maispastrop-
Des câpres même? De la préférer saignante, bleue, à point? Qui a pensé à dessiner ce qu'il regardait au lieu de simplement le voir? Ecrire ce que sa tête ruminait? Qui a ruminé avant les autres? Et d'où vient l'idée de créer du superflu, du dispensable, du luxe? Qui a décidé que ça s'appellerait la culture? Qui s'est ennuyé à regarder sa compagne en se disant que ce serait rigolo de lui mettre du rouge sur sa bouche? Est ce que celui qui a dit "je chie sur une toile, c'est une oeuvre d'art, oui oui" avait tort? Et celle qui décide de congeler son amant mort trop vite?
Il y a plusieurs milliers d'années, j'aurais mangé avec les mains un animal que j'aurais tué moi-même, recouverte d'une peau de mammouth à l'odeur plutôt douteuse, les cheveux en pagaille et du poil aux jambes. Après quoi, j'aurais été bien trop fatiguée pour que le coucher de soleil ait un quelconque effet sur mon romantisme, et encore il aurait fallu que je ramène le bétail et que je me reproduise avec un type qui me l'aurait imposé. Et puis de toute façon, le mot "romantisme" n'aurait pas encore eu de sens. Comment je me serais débrouillée pour faire de l'oeil ou lancer un bon mot au milieu d'une conversation agitée, hein, je vous le demande.
2008. Deux mille huit.
Il n'y a plus que ça qui me fasse un tant soit peu d'effet: les détails, ce dont on pourrait se passer mais qui fait la différence, le petit rien, l'accessoire.
L'essentiel m'apparaît principalement secondaire.
Je veux la cerise et pas forcément le gâteau. J'aime mettre les points mais je vous laisse les I. Qu'importe la robe pourvu que les chaussures s'entendent avec le sac. Le point virgule qui renseigne mieux que les 10 mots précédents. Les regards d'inconnus sur lesquels on ne se retourne pas. Les silences dans les films bavards. La respiration prise avant le refrain. Les insomnies. Les feuilles blanches. Les poémes appris par coeur.Et la mèche qui tombe sur l'oeil en s'accrochant sur le cil qui la fera valdinguer au gré de ses clignements, nous détournant de ce que la bouche dit.
Dire "pardon, tu disais?" à quelqu'un qui vient de prononcer pour la première de sa vie j.e.t.a.i.m.e., parce qu'on regardait ses mains valdinguer d'anxiété sur la tasse un peu cracra du café du coin.
La liste de mon pense-bête est une offense aux pays sous-développés, en voie de développement, pardon: elle met en priorité les moleskines, les expos qui se terminent bientôt, une bonne bouteille de vin. J'oublie parfois d'acheter solide, de penser utile. D'agir productif. D'agir tout court.
On est là, grâce à un ticket magnétique payé par 1 heure de travail à vendre des choses à des gens qui ont besoin d'autre chose, devant un tableau, peint par un type qui avait à peine de quoi payer ses pinceaux - parce que oui, c'est souvent le cas- et on dit des trucs. Après, on ira boire l'apéro avec d'autres individus et on partagera nos avis. Enfin "partager", c'est beaucoup dire. Disons qu'on s'en débarrassera. Des choses resteront, d'autre pas et peu importe, c'est pas important.
Chouette dimanche!
Ce qui entend le plus de bêtises sur cette terre, après les citoyens en période électorale, c'est très certainement la Joconde. Chacun y va de son petit avis. Elle fait quand même bonne figure, la coquine. Mais voilà, on l'a comprise, l'origine de son sourire, partagé entre l'absurdité de se voir figée sur toile , l'accablement de tout ce qu'on en dit et le plaisir de nous l'imposer, vaille que vaille, au fil des générations.
Qui sera le premier à avoir l'idée d'enregistrer tout ce qu'il se dit sous le plafond de la Sixtine?
Qui sera celui qui en fera une oeuvre d'art?
Des films, des livres, des concerts, des conférences, des débats, des vernissages, des dégustations, des inaugurations, des disques, des documentaires, des psychanalyses, des voyages, des manifs, des blogs....... J'ai faim et soif de ça. Je respire ça. Je fais caca ça.Et, bien sur, c'est parce que j'ai de quoi manger et boire, surtout boire, et me loger aussi. Tout juste assez pour ne pas m'en soucier.
Il paraît que les limousines s'ennuient pendant que les deux chevaux essaient de tenir la route.
Mieux vaut rire dans une 2 chevaux que pleurer dans une limousine, donc.
Celui qui trime a besoin de l 'autre, l'autre qui a le temps de raconter ceux qui triment alors que, en fin de compte, il ne sait pas vraiment de quoi il parle. Leo de V avait besoin des critiques incapables de dessiner un oeuf reconnaissable; même pour en dire pique-pendre. Les créateurs de mode ont besoin des enfants du tiers monde qui vivent dans des bouts de sacs à patate, si si, je vous jure, ça les inspire pour les défilés printemps-été. Pas hiver quand même, faut pas pousser. Les cuisiniers ont besoin de moi qui crie au génie dès qu'un tartare est réussi, qui va embrasser le chef qui m'a convaincu d'associer ce vin et cette viande. Et moi j'ai besoin de ça, vibrer sur un bout de boeuf qui n'a rien demandé. Sentir des frissons dans le creux des genoux à la découverte d'un nouveau musicien, des accords qui étaient pas possibles avant, et rester prostrée devant l'incroyable vérité que quelqu'un que je n'ai jamais connu a écrit dans un bouquin que je sers fort contre moi. Avec lequel je vais m'endormir. Besoin de ça parce que sans ça, je suis rien, rien ne vaut rien.
Parce qu'en vérité, bande de "comme moi", qu'est ce qui nous sauve quand ça va pas et que merde, on a envie de taper du poing sur la table? C'est cette musique, cette ville où on est allé, ce livre qui n'attend que nous pour continuer.
C'est à ça que je suis réduite. Ca tient à pas grand chose.
Besoin de vous le dire aussi, manifestement.
Mais veiller, veiller à ne pas tout confondre. Ne pas oublier que le mot indispensable n'est que "dispensable" affublé d'un préfixe (par qui, tiens, d'ailleurs?), qu'il était pas là en preums. Croire, avec tout son coeur, que sans les autres, y'aurait simplement rien. Et que rien, c'est chiant. C'est précisemment pour ça qu'on a inventé les assaisonnements, les incipits et les outro musicales.
Est ce qu'ils cherchaient la beauté absolue? Essayer d'atteindre la beauté qui scie les jambes et coupe le souffle, la beauté qu'on vit obligatoirement seul face à une dimension tout à fait impossible à mesurer, bien trop grande. Une sorte d'âme soeur idéale.
Le résultat, ça compte pas vraiment en fin de compte.
Ce qui fait vivre c'est tout ce qu'on fait pour ne jamais y arriver complètement, à ce résultat.
Tout ça parce que tout à coup, l'effarante interrogation dans ma gueule: pourquoi t'écris, toi, petite crotte de mouche entre les mouches?
Tout ça parce que l'écrasante réponse: pour rien.
-maispastrop-
Mind the gap
Jeune fille rangée en fleurs,
à la perle et la mort,
partagerait appartement
à la perle et la mort,
partagerait appartement

La voisine est morte hier, tant mieux, elle en avait envie je crois ;
Elle ne voyait plus trop l'intérêt de traîner ses varices du 1° étage au marché, du marché au médecin, du médecin au lit.
J'invente rien, elle me l'a dit.
Elle m'aimait comme sa propre fille et elle me le rappelait souvent, alors bon, je l'écoutais d'un air tendre, attendri, mais un jour j'ai osé lui dire le fond et le comble de ma pensée: voilà, j'aurais préféré qu'elle me voit comme sa soeur, qu'elle soit ma complice, qu’on soit elle et moi dans la même galère qui vogue vaille que vaille, mais qui sait tout.
C'est ça que j'aurais préféré.
Pour qu'on partage ensemble le peu de temps qu'il reste au lieu de voir en moi, en face d'elle, le peu de temps passé.
Elle imaginait que je serai actrice, star même, parce qu'elle voyait tout en
grand, elle disait que j'allais me marier avec un homme de qualité -la qualité c'était très important pour elle-, que j'allais avoir des enfants joyeux qui rempliraient de babillages une grande maison en pierre de taille. Dans un quartier chic mais pas trop.
"Je ne suis pas la relève de tous les mourants dans ton genre, je m'en fous, je
voudrais qu'on échange nos places", je lui ai dit.
Elle a ri.
Qu'elle rie comme ça, ça a fait que je l'ai aimée à me damner.
Elle comprenait mais bon, elle voulait pas admettre.
Sa famille a défilé dans des couleurs sombres, une procession de noirs et de gris étincelants. J'ai pas pleuré parce que je venais de me maquiller, de cacher la misère et, voilà, ça m'ennuyait de déjà faire couler le mascara.
J'avais sorti mon sourire d'enfant à adresser à leurs carcasses d'adultes puisque c'est ça qu'ils attendaient de moi.
L'espoir. Le temps. La vie.
Blablabla.
Ras le bol de ce blanc, partout et tout le temps.
Je dors dans du blanc, on m’habille en blanc, je mange du blanc, je pense blanc blanc blanc. Je veux du rouge maintenant, du Stendhal, du Jeanne Mas, des khmers, de la corrida; j’en veux sur les ongles, sur la bouche et dans le sang.
Besoin de crasse. Il faut que ça arrête d’être aussi propre.
20 ans passés à attendre une tempête, c'est long.
Ma chair fraîche, mes joues roses, mes seins fermes, tout ça pourrit et
périme dans des dentelles nickel pendant que les autres existent, pendant que la vie vit, sans moi.
Il faut faire quelque chose, et vite.
Il faut prendre une décision, n’importe laquelle, la première qui passe.
Tiens, en voilà une qui passe, justement, attrapons là, voyons ce qu’elle propose.
J’attends qu’ils dorment bien enfoncés dans leur matelas de marque qui prend la forme de leurs corps, leurs corps installés toujours au même endroit dans leur matelas de marque qui n'a pas changé de coin de chambre depuis des décennies. Je colle mon oreille contre la porte et j’entends vibrer le souffle de celui qui est ailleurs, qui rêve à une vie meilleure, à sa vie passée, à sa jeunesse, celle-là même qu’il me refuse. Ils m’ont mise au monde pour se remettre à y croire et à tout prix ils m'empêchent d'espérer.
Ils inspirent en même temps, expirent de concert, ils m'étouffent.
C’est régulier comme un métronome.
Bientôt, le robot de la sagesse va se laisser disperser par ses vieux démons, le sommeil sera moins profond et la porte claquée les réveillera sûrement, alors il faut que je me dépêche.
J’aime me dépêcher, ça tombe bien.
Parfois, j’attends la dernière minute pour me préparer, parce que l’urgence me donne l’impression d’être vraiment là.
C’était pas prévu pour ce soir, ma valise n’est qu’à moitié prête.
Je n’y ai mis que l’essentiel, alors que je compte vivre uniquement de superflu, mais tant pis, j’espère que rien ne se passera comme prévu.
Dehors, la Ville est bouillante, ça grouille d’envies, le vacarme remonte ma colonne vertébrale, tout a l’air réel, réalisable, je me sens multiple, comme un pot au feu, je suis un pot en feu, j’ai tellement hâte. Faites-moi vivre.
Je me suis adossée à un réverbère. Lui et moi, on se comprenait bien, droits, lumineux, on était là pour une seule chose, et on allait la faire comme des bons petits soldats.
Quand il s’allume, je quitte tout.
Quand il s’allume je quitte tout.
Il s’allume.
Tu passes.
J’attrape ta veste.
Alors que je plonge la tête la première dans une grande piscine vide, je trouve le temps de penser que c’est du tissu de qualité que tu as là sur les épaules, le genre de flanelle que mon père aimerait pouvoir s'offrir, et que c’est aussi bien comme ça. J’ai pas envie de mourir au-dessous de mes moyens.
D’abord tu me regardes d’un air plutôt vide et j’ai tout à coup très peur que tu fasses partie de ceux qui vivent en apnée. Et puis, très vite, tu dis des choses, tu parles avec ta bouche, ça prononce des bidules que ta tête a pensé, je comprends rien parce que je ne t'écoute pas, je suis trop concentrée sur ça :
Là, tu prends vie devant moi. Tu existes. Je t’aime.
Je ne veux pas te connaître, je me fous de qui tu es, tu ne m’intéresses pas, j’ai simplement besoin de toi. Il faut que tu me rendes un service.
Alors je te dis ça :
"Je suis personne, y’a rien dans moi, je suis remplie de vide, ça va déborder, dégouliner et m’asphyxier. Mes murs, ils en finissent plus jamais de se resserrer sur le néant qui remplit le zéro de ma vie. Je sers à rien. Au milieu de nulle part, je préférerais être n’importe où et il faut, il faut que tu m’emmènes au bout du monde. Je te dis ça d'une seule traite, sans prendre ma respiration parce que je veux pas réfléchir tu sais.
Je veux pas choisir mes mots je veux pas que ce soit joli ou séduisant je mets pas de virgules je veux que ce soit moi et que ça ressemble absolument à un cri même si je le dis doucement parce que je veux pas te faire peur."
Et puis, là quand, même, je respire.
Mes poumons s’ouvrent sur tous les possibles qui viennent de naître à l’instant où je me suis tue.
Ta tête ressemble à un point d’interrogation.
Tu fais des points de suspension avec ton silence.
M’en fous, j’attends, je sais que tu vas dire oui.
Je te dis ça :
"Je sais que tu vas dire oui."
T’as encore plus besoin de vivre que moi. T’as besoin de croire à des promesses qu’on peut pas tenir, tu es en perdition, et je te demande de me sauver.
Ma jeunesse défie tout ce temps que tu as perdu, il se réveille à ma
rencontre, il se ravive, regarde, tu vois bien que ton sang circule plus vite, que tes tempes renaissent sous la pression d'un coeur que j'ai dégourdi. Je veux être comme toi. Je veux plus avoir peur, je veux être vieille, je veux être à quelqu'un, je ne veux plus qu'on me regarde comme la possibilité d'être heureux, je veux être déjà triste, un peu fanée, avec vous tous, mes futurs compères et qu'un jour, près d'un réverbère, quelqu'un m'attrape par la veste.
Ton mutisme m'invite à remplir l'espace. Je rajoute ça:
"Parce que, voilà, moi je peux plus être potentiellement tout et
concrètement rien. J'ai peur de pas grand-chose, j'ai envie de l'intégrale, c'est trop fatigant, tu comprends.
Personne, jamais, ne me donnera autant, ce grand tout ça auquel mes 20 ans aspirent, personne ne peut, et je veux m'en rendre compte le plus vite possible.
Fais de moi une vieille fille qui regrettera ses jeunes années en sachant que ça
ne pouvait pas se passer autrement."
Je pense très fort tout ce que je te dis.
Il faut que tu comprennes que je suis faite pour ça, me coucher droite et rêche dans un matelas creusé et modelé par un corps qui dort au fil des années dans une vie de papier millimétré. Je me vois au coin d'une cheminée qui ne
marche plus, un soir de noël, à raconter à mes petits enfants qu'un jour j'ai été jeune comme eux et que bientôt, ils seront vieux comme moi et que tout ça n'a pas vraiment d'importance; ils ne m'écoutent pas parce que tout ce à quoi ils pensent, c'est à ouvrir les cadeaux sous le sapin, là.
Parce qu'ils ne m'aiment pas vraiment et moi je ne les apprécie pas plus que ça non plus.
Je ne veux plus croire au barda du grand-amour-tour-du-monde-changer-l'ordre-des-choses-réaliser-mes-rêves-avoir-bonne-mine. Je veux que vous arrêtiez tous de voir dans mon regard trop frais une ardeur qui m'encombre.
Le pas que je viens de faire revient du désir du grand amour, et celui que je vais faire se dirige vers la certitude qu'il n'y a rien de grand, qu'il n'y a pas d'amour. J'ai pas d'histoire à raconter, voilà, et je veux pas qu'on raconte la mienne.
Bon.
Emmène-moi de l'autre côté et offre moi mon plus beau jour de ma fin de vie.
Je ne veux plus y croire et mourir bientôt.
Le réverbère s'éteint parce que le jour revient. Il fait ça à chaque fois, le
jour. Le temps passe vite quand on a une urgence et tu as l'air fatigué, tes traits tirent sur ta peau, ça fait ressortir tes rides et tes pattes d'oie. Je me retiens d'y passer ma main. Tu as du beaucoup rire, avant, pour avoir tous ces petits plis au dessus de tes joues creusées.
Tu n'es pas très beau.
Tu n'as rien de ces types que j'avais en poster.
Je lance mes yeux dans les tiens, tu accueilles tout ça avec une élégance anglo-saxonne et tu me dis "tu es bien jeune", je réponds "je ne te le fais pas dire", j'ai toujours aimé cette expression, "je ne te le fais pas dire".
Tu souris, et ça y est, dans la commissure de tes lèvres, je trouve le "oui" que j'attendais.
En route.
D'avance, je te remercie.
-maispastrop-
nouvelle publiée dans la revue Bordel / Jeune fille, oui, "Jeune fille", c'était le thème, parce que c'est une revue à thème, en fait.
nouvelle publiée dans la revue Bordel / Jeune fille, oui, "Jeune fille", c'était le thème, parce que c'est une revue à thème, en fait.

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Par la fenêtre
Au milieu de nulle part, je serais mieux n’importe où.
La journée a commencé comme toutes les autres, par le lever du soleil et mon corps qui refusait d’y croire ; encore un miracle, encore un tour de la terre, encore 24 heures à venir, encore une couette chaude de moi qui me propose de prendre mon temps pendant que tous s’affairent et usent leurs semelles sur les trottoirs encore mouillés des jets de la mairie de la ville. Je sens que ça s'active.
Une cité propre. Une capitale efficace. Un métro ponctuel. Des salariés dévoués. Des payes mirobolantes.
Quand je décide enfin de sortir un pied, puis l’autre, humer la température et émerger complètement, y’en a déjà qui déjeunent autour d’un débrief de la matinée et du dossier Dupont. Alors, pour m’excuser de mon hibernation pendant que tous, vous faites vivre le pays, - merci - je me dévoue - de rien - pour faire ce que le manque de temps vous empêche de faire : je regarde la ville.
Elle est là, fidèle, cracra et insolente.
La cour d’école me rappelle qu’il y a un âge auquel on crie à poumons ouverts quand la cloche sonne. A poumons salis, j’écris que ça me plait à crever. Je me souviens pas bien mais il me semble tout de même que, moi aussi, à la récré, je courrais comme une poule sans tête, je gueulais pour un rien, je vivais sans le savoir.
Il y a les camions remplis des légumes que j’achèterai tout à l’heure (parce qu’il faut en manger au moins une fois par jour) qui klaxonnent, et les piétons qui doigtdh’onneurent en retour.
Le chien du 210 a encore fait sur le trottoir, le patron du bazar menace encore de le faire piquer et la vielle folle (puisque c’est comme ça qu’il faut dire) s’en fout, elle chante Carmen. Si vous ne l’aimez pas, je l’aime.
Les effluves montent jusqu'à mon 6° étage, celles du chien, celles des pots d’échappement, celles des courgettes et celles de la solitude.
Quelle fraîcheur.
Cette ville m’enivre.
Tout a deux fois plus d’effet ici. Le réveil, la fatigue, la foule, la nuit, l’alcool. Parce que le cœur bat plus vite, alors le sang court plus fort et la vodka se presse pour draguer le cortex.
Grand bien m’en fasse.
Paris se met à mon diapason pendant que je lui donne le la. Elle et moi, c’est comme ça :
*Cul.
*Chemise.
Pour toujours, et pas comme quand on se le promet en amoureux transis dans le blanc des yeux alors que, en transit, la phrase à peine terminée on n’y croit déjà plus, on sait que ça périme, les grands sentiments ; non, pour toujours pour de vrai, je veux dire, je le sais, je le sens, elle, vous pourrez pas me l’enlever.
Toc.
Après que la rue m’ait rappelé à quel point certains trottoirs sont insurmontables et d’autres feux rouges éternels, je me sens… osons le dire, chanceuse. Je pourrais ne me vêtir que de ça, seulement ça, mon quadruple trèfle, mais tout le monde ne comprendrait pas. Et, c’est quand même essentiel de se faire comprendre si on veut un tant soit peu communiquer avec nos prochains. Je ne sais pas encore si c’est quelque chose de vraiment utile, communiquer, mais je crois pouvoir déjà dire que c’est mieux que de rester dans un trou auquel personne n’accède et de se prendre au jeu, se sentir génial, incompris, génialement incompris, alors que tout ce qu’il y a c’est qu’on a déconnecté. On a débranché la prise qui nous reliait à leurs volts.
Et être incompris d’absolument tout le monde quand on a des choses à dire à 6 milliards d'êtres humains, ça revient à (blanc)
J'ai tenu la porte à la voisine, j'ai dit bonjour à la boulangère, j'ai souri au propriétaire du lavomatic et j'ai pensé qu'on n'était certainement nombreux à faire les mêmes choses, au même moment. J'ai pensé qu'on était trop nombreux. Parce que je ne pourrai jamais tous vous rencontrer.
Ca m'a miné de penser ça.
Mais on m'a tenu la porte dans le métro, un jeune homme m'a souri et m'a laissé sa place et un gamin m'a regardé avec les yeux de l'amour.
Alors, ça va. Le temps passe comme ça, entre le oui et le non, je veille simplement à ce qu'il ne s'enlise pas dans le "mouais, bof".
Je mange pas tiède.
J'aime pas trop les 1/2 mesures.
-maispastrop-
La journée a commencé comme toutes les autres, par le lever du soleil et mon corps qui refusait d’y croire ; encore un miracle, encore un tour de la terre, encore 24 heures à venir, encore une couette chaude de moi qui me propose de prendre mon temps pendant que tous s’affairent et usent leurs semelles sur les trottoirs encore mouillés des jets de la mairie de la ville. Je sens que ça s'active.
Une cité propre. Une capitale efficace. Un métro ponctuel. Des salariés dévoués. Des payes mirobolantes.
Quand je décide enfin de sortir un pied, puis l’autre, humer la température et émerger complètement, y’en a déjà qui déjeunent autour d’un débrief de la matinée et du dossier Dupont. Alors, pour m’excuser de mon hibernation pendant que tous, vous faites vivre le pays, - merci - je me dévoue - de rien - pour faire ce que le manque de temps vous empêche de faire : je regarde la ville.
Elle est là, fidèle, cracra et insolente.
La cour d’école me rappelle qu’il y a un âge auquel on crie à poumons ouverts quand la cloche sonne. A poumons salis, j’écris que ça me plait à crever. Je me souviens pas bien mais il me semble tout de même que, moi aussi, à la récré, je courrais comme une poule sans tête, je gueulais pour un rien, je vivais sans le savoir.
Il y a les camions remplis des légumes que j’achèterai tout à l’heure (parce qu’il faut en manger au moins une fois par jour) qui klaxonnent, et les piétons qui doigtdh’onneurent en retour.
Le chien du 210 a encore fait sur le trottoir, le patron du bazar menace encore de le faire piquer et la vielle folle (puisque c’est comme ça qu’il faut dire) s’en fout, elle chante Carmen. Si vous ne l’aimez pas, je l’aime.
Les effluves montent jusqu'à mon 6° étage, celles du chien, celles des pots d’échappement, celles des courgettes et celles de la solitude.
Quelle fraîcheur.
Cette ville m’enivre.
Tout a deux fois plus d’effet ici. Le réveil, la fatigue, la foule, la nuit, l’alcool. Parce que le cœur bat plus vite, alors le sang court plus fort et la vodka se presse pour draguer le cortex.
Grand bien m’en fasse.
Paris se met à mon diapason pendant que je lui donne le la. Elle et moi, c’est comme ça :
*Cul.
*Chemise.
Pour toujours, et pas comme quand on se le promet en amoureux transis dans le blanc des yeux alors que, en transit, la phrase à peine terminée on n’y croit déjà plus, on sait que ça périme, les grands sentiments ; non, pour toujours pour de vrai, je veux dire, je le sais, je le sens, elle, vous pourrez pas me l’enlever.
Toc.
Après que la rue m’ait rappelé à quel point certains trottoirs sont insurmontables et d’autres feux rouges éternels, je me sens… osons le dire, chanceuse. Je pourrais ne me vêtir que de ça, seulement ça, mon quadruple trèfle, mais tout le monde ne comprendrait pas. Et, c’est quand même essentiel de se faire comprendre si on veut un tant soit peu communiquer avec nos prochains. Je ne sais pas encore si c’est quelque chose de vraiment utile, communiquer, mais je crois pouvoir déjà dire que c’est mieux que de rester dans un trou auquel personne n’accède et de se prendre au jeu, se sentir génial, incompris, génialement incompris, alors que tout ce qu’il y a c’est qu’on a déconnecté. On a débranché la prise qui nous reliait à leurs volts.
Et être incompris d’absolument tout le monde quand on a des choses à dire à 6 milliards d'êtres humains, ça revient à (blanc)
J'ai tenu la porte à la voisine, j'ai dit bonjour à la boulangère, j'ai souri au propriétaire du lavomatic et j'ai pensé qu'on n'était certainement nombreux à faire les mêmes choses, au même moment. J'ai pensé qu'on était trop nombreux. Parce que je ne pourrai jamais tous vous rencontrer.
Ca m'a miné de penser ça.
Mais on m'a tenu la porte dans le métro, un jeune homme m'a souri et m'a laissé sa place et un gamin m'a regardé avec les yeux de l'amour.
Alors, ça va. Le temps passe comme ça, entre le oui et le non, je veille simplement à ce qu'il ne s'enlise pas dans le "mouais, bof".
Je mange pas tiède.
J'aime pas trop les 1/2 mesures.
-maispastrop-
Wild Horses
Y'avait pas trop d'attente, malgré la réputation qui entourait cette exposition, malgré le soleil timide mais séduisant qui pointait sur le jardin du musée, malgré le jour du seigneur et les réductions - de 25 ans. Une dizaine de personnes, juste le temps de se dire tout ça.Le boulevard Raspail, bon, c'est un endroit que j'ai jamais aimé. J'y ai habité pourtant, il a chaperonné des années dont le lointain souvenir me remplit encore de douceur et de légèreté; mais quand même, voilà, non. J'aimais pas sortir de mon cocon mignon tout plein et me retrouver sur une grosse avenue, large et bruyante aux immeubles administratifs, habitée par des voitures garées dans tous les sens, désertée par les gens. Il fallait s'armer de courage dès le premier pas posé sur le macadam.
C'était pas "mon" Paris à moi.
C'était un loupé, et, c'est pas grave, ça arrive. En y retournant, dimanche dernier, j'ai revu la jeune fille que j'étais et qui pestais contre tout ça.
Patti Smith prenait des photos. Patti Smith faisait des dessins. Patti Smith écrivait des lettres et vivait rue Campagne Première. Elle aimait Rimbaud. Elle avait un tee-shirt Rimbaud. Elle respirait aussi. Et elle faisait caca, si si.
On est tous les mêmes.
J'arrête pas de trouver des points communs entre moi et n'importe quel mortel, on a forcément des atomes crochus vous et moi, c'est comme ça. On n'est pas à l'abri de s'aimer un jour, même; je préfère vous le dire tout de suite.
J'aime Patti Smith, sans parler de Rimbaud, et aussi le type, là, qui recopie une des lettres exposées dans son carnet cracra; la gardienne qui lit Miller, je l'aime; Miller qui aimait Marilyn, c'est évident que je l'aime non?; et Marilyn que j'aime plus que moi-même, moi-même que quelqu'un aime surement, aussi, quelque part.
(je viens de dire que je m'aimais là? Je sais plus je me suis perdue dans ma phrase.)
Il n'y avait rien d'extraordinaire parce que tout était très accessible: ni les dessins, ni les photos, ni les lettres ne nous clouaient par terre et c'était toute la beauté de la chose, on restait en l'air. Parce que sa musique était clouante, elle avait le droit d'être simple, presque banale dans d'autres domaines.
Mais elle avait le devoir de vivre dans ces autres domaines. Il fallait qu'elle photographie des statues et la tombe de Jean Paul et Simone. On avait besoin de savoir qu'elle envoyait des cartes à l'autre bout du monde pour raconter un film qui lui avait plu.
On est tous pareils.
Cartier avait exposé Lynch, dans le même ordre d'idée. Et, dans le même ordre d'idée, je m'étais sentie proche de David aussi. Ils exposent comme à la maison, nous invitent à nous sentir à l'aise et j'obéis, je me gêne pas pour mettre les pieds sur la table et écraser ma cigarette dans un truc qui répond peut-être au nom de "récipient" mais surement pas à celui de "cendrier"; preuve que je fais comme chez moi.
Piétiner, ça fatigue la plante des pieds. Dirigeons nous vers ces fauteuils clubs et ce canapé, là.
Voilà. Voilà. J'ai failli allumer une cigarette, tiens.
Mais elle avait le devoir de vivre dans ces autres domaines. Il fallait qu'elle photographie des statues et la tombe de Jean Paul et Simone. On avait besoin de savoir qu'elle envoyait des cartes à l'autre bout du monde pour raconter un film qui lui avait plu.
On est tous pareils.
Cartier avait exposé Lynch, dans le même ordre d'idée. Et, dans le même ordre d'idée, je m'étais sentie proche de David aussi. Ils exposent comme à la maison, nous invitent à nous sentir à l'aise et j'obéis, je me gêne pas pour mettre les pieds sur la table et écraser ma cigarette dans un truc qui répond peut-être au nom de "récipient" mais surement pas à celui de "cendrier"; preuve que je fais comme chez moi.
Piétiner, ça fatigue la plante des pieds. Dirigeons nous vers ces fauteuils clubs et ce canapé, là.
Voilà. Voilà. J'ai failli allumer une cigarette, tiens.
"Le centre de la grande salle ressemble à ma maison : très confortable et décontracté. Les visiteurs peuvent ici discuter, penser ou lire" nous dit M. Smith. *
Peuvent-ils aussi surprendre un regard à ras bord?
-> Un regard à ras bord, c'est des yeux qui laissent passer tout ce que la tête pense quand elle pense trop et qui dégouline sur quelqu'un qui n'a rien demandé.
Sa tête pensait trop, depuis trop longtemps, ses yeux crachaient tout ça, sur moi en l'occurrence, et, prise au dépourvu, je ne savais pas trop qu'en faire, ça m'encombrait, en somme.
Ce qui me dérangeait bien davantage, c'est que j'étais incapable de savoir si ce regard était à un homme ou à une femme : un corps recouvert d'un tee shirt et d'un jean trop large pour que les formes distinctives nous renseignent, une coupe de cheveux ni oui ni non, une allure cosmique, un regard insistant mais des mains fines. Vraiment, j'étais perdue.
Bien sur, l'exposition Patti Smith, fallait s'y attendre, on trouverait ici un regroupement d'androgynes et d'énergumènes, mais, elle, enfin lui, enfin bref ,"ça" n'est pas comme les autres.
"Ca" ne sait pas que c'est étrange. "Ca" me regarde comme si je savais.
Je ne sais rien. Plus "ça" me regarde, moins je sais.
Assise sur le cuir anglais, je m'interroge et j'ai l'impression que ma température corporelle monte à mesure que je ne trouve pas d'explication.
-"I fait chaud nan?" me dit ma mère.
Je me dis "C'est pas ma mère pour rien, elle."
-"Chais pas", je réponds.
Elle doit se dire "Pfff, c'est ma fille pour rien, elle".
Mais on se sourit quand même.
- Quand on voyageait, la femme qui m'a mise au monde et moi, on visitait les musées; on se disait, le matin, pendant le petit déjeuner au thé Earl Grey: "à quel musée on rend visite aujourd'hui?" (parce qu'on est des petites rigolotes) et on partait, prêtes à patauger entre le tableau, le car de touriste et notre soif d'en voir toujours plus. Souvent, le mal au pied nous poussait à dénicher le fameux coin canapé et on s'y installait entre les japonais, en s'échangeant nos impressions. J'avais en gros 40 ans de moins qu'elle, et ça à chaque fois, mais mes impressions valaient autant que les siennes; quand je parlais, à en croire son attention, ça valait vraiment quelque chose. Tout à la fin, elle me reprenait sur une broutille et m'envoyait retrouver une oeuvre.
Avec l'envie d'apprendre, avec l'excitation de revenir mieux renseignée, je partais comme un bon petit soldat à la recherche de "huile sur toile sans titre" de la salle 2.
Quand je revenais, pleine d'idées et de phrases déjà écrites dans ma tête, ma mère dormait. Toute droite, l'air de rien, elle dormait. N'importe qui aurait cru qu'elle réfléchissait. Ou un truc comme ça. Mais elle dormait, pour de bon, et je me disais toujours que j'étais persuadée que je ne rencontrerai jamais personne capable de dormir avec autant de subterfuge. Alors c'était elle que je regardais.
Elle devenait mon tableau préféré. Turner, Bacon, Otto Dix et Monet pouvaient bien aller se rhabiller, elle était là, vivante et pourtant figée, modèle idéale, prête à être encadrée, sans retouche. -
Les souvenirs, ça prend du temps, surtout ceux qu'on aime, et voilà que je me retourne vers elle et que déjà, elle illustre ma mémoire: elle dort, toute droite, figée, prête à être encadrée. Elle est les images de mon bouquin de ma tête. Pour faire comprendre ce que je dis avec mes mots dans ma pensée, elle le joue, le vit, le fait, là tout de suite. Si c'est pas une mère ça.
Alors, je la regarde et c'est comme avant, je pense toujours les mêmes choses, j'ai toujours l'impression que c'est elle le plus beau tableau et j'ai encore envie de la réveiller pour le lui dire tout en sachant que je ne le ferai pas parce que j'aime trop ce spectacle pour l'interrompre.
L'émotion, ça prend de la place, surtout celle de l'enfance. Alors ils partent, tous, comme dérangés par une présence intruse. C'est ça ouais, circulez, de l'air, y'a tout à voir mais ça vous regarde vraiment pas.
Sauf...... Sauf "ça", qui est encore là. Debout devant nous. "Ca" tient un petit carnet de croquis et un crayon, et, si je ne m'abuse, "ça" a tout l'air d'être en train de nous dessiner.
Comme je sors de ma rêverie à peu près en même temps que je découvre notre illustrateur, ça me coupe les jambes et me laisse sans voix alors je sèche; pourtant, la vraie moi aurait dit quelque chose, spontanément, une plaisanterie, assez moyenne surement, un mot que j'aurais regretté ensuite, mais un truc, un bruit, un lien de "ça" à moi.
Là, rien. Rien du tout. Néant. Ma bouche s'entrouvre mais y'a pas de son qui sort parce qu'il n'y a pas d'idée pour lui donner de direction, de directive, je me demande même si je ne suis pas devenue muette.
-Faites pas cette tête, "ça" me dit.
Après cette phrase, je fais une tête encore pire que celle que "ça" voulait pas que je fasse.
-Tiens donc, quelle tête? je rétorque à "ça"
Pendant que je donne une note à ma super géniale réplique (2/20), "ça" imite la tête en question, et la vraie moi ressurgit devant le comique incroyablement communicatif de sa grimace.
"Ca" rit aussi. Ca et "ça" me mettent en confiance, alors je me lève comme un seul homme et me penche vers le croquis que "ça" a fait.
Par dessus son épaule, je respire toutes les odeurs qui passent, j'essaie de déterminer le déodorant féminin, l'after shave masculin, je regarde la peau des joues, je scrute la potentielle barbe, j'espionne la peut-être pomme d'adam, j'attends d'apercevoir les poils du torse, dans l'embrasure du V du tee shirt.
"Ca" se retourne et me demande sans mots, avec un hochement de tête interrogateur, ce que j'en pense. Alors je regarde le papier.
"Ca" a dessiné la tête de ma mère sur un corps de jeune modèle, recouvert de gribouillages, entourée d'étudiants avec des têtes de stylos qui dessinent des partitions. A côté, il y a moi, mon corps est une guitare électrique et ma tête est une agglutination de mots, de phrases. Par dessus tout ça, en gros, le mot VIVRE.
Je remonte la tête vers "ça". Je souris pas. Je fais pas non plus de grimace. Je rien du tout. Je prends son stylo et encadre le V de "vivre" par des parenthèses. Ma mère va pas tarder à se réveiller, elle me retrouvera au café, où là où on peut fumer, on a l'habitude, alors je peux partir, alors je pars, et vite.
La gardienne lit toujours Miller, l'escalier me semble disproportionné, ma tête veut pas se retourner, les marches n'ont pas toutes la même taille, mais mon corps n'en fait qu'à sa tête et se retrourne. "Ca" s'est assis à côté de ma mère qui s'est réveillée (je vous l'avais dit) et ça discute. J'escalade les immenses marches, je sors, j'allume une cigarette, je remercie l'industrie du tabac, je trouve même le temps de me dire que tous les musées devraient avoir un jardin avec des bégonias et des pensées, et quand ma mère arrive, je sais qu'elle sait, mais je ne lui demande pas si c'était un homme ou une femme. "Ca" compte vraiment pas.

* livret explicatif de l'exposition "Une visite avec Patti Smith", rédigé par Pattounette elle-même.
-maispastrop-
Peuvent-ils aussi surprendre un regard à ras bord?
-> Un regard à ras bord, c'est des yeux qui laissent passer tout ce que la tête pense quand elle pense trop et qui dégouline sur quelqu'un qui n'a rien demandé.
Sa tête pensait trop, depuis trop longtemps, ses yeux crachaient tout ça, sur moi en l'occurrence, et, prise au dépourvu, je ne savais pas trop qu'en faire, ça m'encombrait, en somme.
Ce qui me dérangeait bien davantage, c'est que j'étais incapable de savoir si ce regard était à un homme ou à une femme : un corps recouvert d'un tee shirt et d'un jean trop large pour que les formes distinctives nous renseignent, une coupe de cheveux ni oui ni non, une allure cosmique, un regard insistant mais des mains fines. Vraiment, j'étais perdue.
Bien sur, l'exposition Patti Smith, fallait s'y attendre, on trouverait ici un regroupement d'androgynes et d'énergumènes, mais, elle, enfin lui, enfin bref ,"ça" n'est pas comme les autres.
"Ca" ne sait pas que c'est étrange. "Ca" me regarde comme si je savais.
Je ne sais rien. Plus "ça" me regarde, moins je sais.
Assise sur le cuir anglais, je m'interroge et j'ai l'impression que ma température corporelle monte à mesure que je ne trouve pas d'explication.
-"I fait chaud nan?" me dit ma mère.
Je me dis "C'est pas ma mère pour rien, elle."
-"Chais pas", je réponds.
Elle doit se dire "Pfff, c'est ma fille pour rien, elle".
Mais on se sourit quand même.
- Quand on voyageait, la femme qui m'a mise au monde et moi, on visitait les musées; on se disait, le matin, pendant le petit déjeuner au thé Earl Grey: "à quel musée on rend visite aujourd'hui?" (parce qu'on est des petites rigolotes) et on partait, prêtes à patauger entre le tableau, le car de touriste et notre soif d'en voir toujours plus. Souvent, le mal au pied nous poussait à dénicher le fameux coin canapé et on s'y installait entre les japonais, en s'échangeant nos impressions. J'avais en gros 40 ans de moins qu'elle, et ça à chaque fois, mais mes impressions valaient autant que les siennes; quand je parlais, à en croire son attention, ça valait vraiment quelque chose. Tout à la fin, elle me reprenait sur une broutille et m'envoyait retrouver une oeuvre.
Avec l'envie d'apprendre, avec l'excitation de revenir mieux renseignée, je partais comme un bon petit soldat à la recherche de "huile sur toile sans titre" de la salle 2.
Quand je revenais, pleine d'idées et de phrases déjà écrites dans ma tête, ma mère dormait. Toute droite, l'air de rien, elle dormait. N'importe qui aurait cru qu'elle réfléchissait. Ou un truc comme ça. Mais elle dormait, pour de bon, et je me disais toujours que j'étais persuadée que je ne rencontrerai jamais personne capable de dormir avec autant de subterfuge. Alors c'était elle que je regardais.
Elle devenait mon tableau préféré. Turner, Bacon, Otto Dix et Monet pouvaient bien aller se rhabiller, elle était là, vivante et pourtant figée, modèle idéale, prête à être encadrée, sans retouche. -
Les souvenirs, ça prend du temps, surtout ceux qu'on aime, et voilà que je me retourne vers elle et que déjà, elle illustre ma mémoire: elle dort, toute droite, figée, prête à être encadrée. Elle est les images de mon bouquin de ma tête. Pour faire comprendre ce que je dis avec mes mots dans ma pensée, elle le joue, le vit, le fait, là tout de suite. Si c'est pas une mère ça.
Alors, je la regarde et c'est comme avant, je pense toujours les mêmes choses, j'ai toujours l'impression que c'est elle le plus beau tableau et j'ai encore envie de la réveiller pour le lui dire tout en sachant que je ne le ferai pas parce que j'aime trop ce spectacle pour l'interrompre.
L'émotion, ça prend de la place, surtout celle de l'enfance. Alors ils partent, tous, comme dérangés par une présence intruse. C'est ça ouais, circulez, de l'air, y'a tout à voir mais ça vous regarde vraiment pas.
Sauf...... Sauf "ça", qui est encore là. Debout devant nous. "Ca" tient un petit carnet de croquis et un crayon, et, si je ne m'abuse, "ça" a tout l'air d'être en train de nous dessiner.
Comme je sors de ma rêverie à peu près en même temps que je découvre notre illustrateur, ça me coupe les jambes et me laisse sans voix alors je sèche; pourtant, la vraie moi aurait dit quelque chose, spontanément, une plaisanterie, assez moyenne surement, un mot que j'aurais regretté ensuite, mais un truc, un bruit, un lien de "ça" à moi.
Là, rien. Rien du tout. Néant. Ma bouche s'entrouvre mais y'a pas de son qui sort parce qu'il n'y a pas d'idée pour lui donner de direction, de directive, je me demande même si je ne suis pas devenue muette.
-Faites pas cette tête, "ça" me dit.
Après cette phrase, je fais une tête encore pire que celle que "ça" voulait pas que je fasse.
-Tiens donc, quelle tête? je rétorque à "ça"
Pendant que je donne une note à ma super géniale réplique (2/20), "ça" imite la tête en question, et la vraie moi ressurgit devant le comique incroyablement communicatif de sa grimace.
"Ca" rit aussi. Ca et "ça" me mettent en confiance, alors je me lève comme un seul homme et me penche vers le croquis que "ça" a fait.
Par dessus son épaule, je respire toutes les odeurs qui passent, j'essaie de déterminer le déodorant féminin, l'after shave masculin, je regarde la peau des joues, je scrute la potentielle barbe, j'espionne la peut-être pomme d'adam, j'attends d'apercevoir les poils du torse, dans l'embrasure du V du tee shirt.
"Ca" se retourne et me demande sans mots, avec un hochement de tête interrogateur, ce que j'en pense. Alors je regarde le papier.
"Ca" a dessiné la tête de ma mère sur un corps de jeune modèle, recouvert de gribouillages, entourée d'étudiants avec des têtes de stylos qui dessinent des partitions. A côté, il y a moi, mon corps est une guitare électrique et ma tête est une agglutination de mots, de phrases. Par dessus tout ça, en gros, le mot VIVRE.
Je remonte la tête vers "ça". Je souris pas. Je fais pas non plus de grimace. Je rien du tout. Je prends son stylo et encadre le V de "vivre" par des parenthèses. Ma mère va pas tarder à se réveiller, elle me retrouvera au café, où là où on peut fumer, on a l'habitude, alors je peux partir, alors je pars, et vite.
La gardienne lit toujours Miller, l'escalier me semble disproportionné, ma tête veut pas se retourner, les marches n'ont pas toutes la même taille, mais mon corps n'en fait qu'à sa tête et se retrourne. "Ca" s'est assis à côté de ma mère qui s'est réveillée (je vous l'avais dit) et ça discute. J'escalade les immenses marches, je sors, j'allume une cigarette, je remercie l'industrie du tabac, je trouve même le temps de me dire que tous les musées devraient avoir un jardin avec des bégonias et des pensées, et quand ma mère arrive, je sais qu'elle sait, mais je ne lui demande pas si c'était un homme ou une femme. "Ca" compte vraiment pas.

* livret explicatif de l'exposition "Une visite avec Patti Smith", rédigé par Pattounette elle-même.
-maispastrop-
Madame Cyclopède
J'écoute Pierre Desproges à tue-tête.
Il pouffe dans les enceintes.
Qu'est ce que ça peut bien me faire si ça empêche le mioche d'à côté de siester, il aura tout le temps de dormir quand il sera mort.
Si Pierre desproges avait vécu de mon vivant, je l'aurais épousé, et puis c'est tout.
-maispastrop-
Il pouffe dans les enceintes.
Qu'est ce que ça peut bien me faire si ça empêche le mioche d'à côté de siester, il aura tout le temps de dormir quand il sera mort.
Si Pierre desproges avait vécu de mon vivant, je l'aurais épousé, et puis c'est tout.
-maispastrop-
Miaou
Quand je fume 10 cigarettes en 5 heures dans ma chambre, est ce que ça nuit à la santé de ma chatte?
Bon, maintenant, elle est morte de toute façon, et pas à cause de mon tabagisme.
Mais je suis retombée sur cette phrase et j'ai décidé qu'elle méritait de sortir de mon moleskine, de faire un petit tour, de voir du pays.
Merci.
Au revoir.
-maispastrop-
Bon, maintenant, elle est morte de toute façon, et pas à cause de mon tabagisme.
Mais je suis retombée sur cette phrase et j'ai décidé qu'elle méritait de sortir de mon moleskine, de faire un petit tour, de voir du pays.
Merci.
Au revoir.
-maispastrop-
Vie à vie
Il habite en face de chez moi mais mes fenêtres ne donnent pas sur les siennes ; je dois jouer à la contorsionniste, penchée sur mon balcon, pour zyeuter sa chambre, allumée à toutes les heures du jour et de la nuit ; comme je suis forte en déductions, je me dis qu’il ne doit pas beaucoup dormir, à peine moins que moi.
Y’a l’écran de la télé qu’il ne regarde pas qui projette des ombres inquiétantes sur ses murs blancs, pendant qu’il fume à la rambarde, pendant que je me cache, de peur d’être prise en flagrant délit de voyeurisme nocturne.
Je fume alors en même temps que lui, ma cigarette a un meilleur goût.
Y’en a des pépées qui défilent dans son deux pièces parquet poutres cheminée, il ne se prive pas, c’est le moins qu’on puisse dire ; il va même chercher les croissants le matin, la boulangère en met toujours deux dans le petit sac, sans attendre sa commande. C’est là qu’on s’est croisés pour la première fois. On ne s’est pas croisés, en fait, on s’est rentrés dedans. Je passais le pas de la porte tout en farfouillant mon porte-monnaie dans l’espoir d’y trouver un peu de caillasse et il sortait, ,à reculons, en adressant des vœux pour la journée à venir à l’équipe de la boulangerie ; tout ça fait qu’on s’est rendus compte de l’existence de l’autre pile au moment où on regrettait l’existence de l’autre puisqu’il empiétait sur l’espace vital.
-Rho mais merde pouvez pas regardez où vous marchez ?
-Et vous, vous pouvez pas avancer à l’endroit comme tout le monde ?
Après nos critiques, ce sont nos regards qui se croisent. On est tout de suite moins agressifs, ça redescend aussi vite que c’est monté. Je réalise l’odeur de beurre dans les croissants et les grains de beauté qu’il a dans le cou.
On reste dans les yeux l’un de l’autre une bonne minute, ce qui fait 60 secondes, je le précise parce qu’en lisant « une minute », vous pourriez passer à côté de l’aspect cinématographique de la scène. Tandis que 60 secondes, c’est du lourd. Comptez donc, pour voir.
A quand remonte la dernière fois où vous avez regardé quelqu’un dans le blanc des yeux pendant autant de temps ?
Il fallait bien qu’un de nous deux parle, un jour ou l’autre, on n’allait pas rester comme ça éternellement, des clients finiraient par vouloir passer, j’allais bientôt avoir vraiment faim, bref.
J’ai dit « Excuse moi, je ne t’ai pas…heu », là j’ai rougi, beaucoup, mes joues m’ont tenu chaud pour la journée, j’ai repris « Excusez moi, je ne VOUS ai pas vu. »
Super...
Mais il a souri.
Super.
-Et vous me voyez maintenant ?
- J’avais envie de dire « je ne vois que toi, ..heu.., vous » mais j’ai dit : Maintenant que vous m’avez marché sur les pieds, je ne peux pas trop faire autrement. (Faut que je pense à consulter, cette maladie des gentillesses camouflées en méchancetés, ça peut plus durer).
Il a souri quand même.
On s’est vus ce matin. Cette fois, c’est moi, enthousiaste et gourmande, qui commandais pour deux :
-Deux croissants, deux pains au chocolat, un pain aux raisins, un financier, une brioche et heu…. Vous avez des croissants aux amandes ? alors deux croissants aux amandes. Et aussi, une baguette s’il vous plait.
Je me retourne, il plante ses pupilles dans les miennes.
-Vous faites des provisions pour l’hiver ?
Bon, comme c’est plus l’hiver, j’ai trouvé cette blague assez moyenne et j’ai pas daigné répondre en bonne et due forme ; à la place, j’ai souri, un peu, et d’un seul côté.
On a pris sa commande pendant que j’attendais qu’on emballe ma ration.
- Non non, (il a interrompu le geste de la boulangère) un seul croissant aujourd’hui, s’il vous plait.
Aie. Comme je suis forte en déductions, je comprends qu’il est seul. Et mon cœur se casse. Aie.
Il a attrapé son petit sac ridicule et a sorti le croissant. Y’a le beurre qui a suinté pendant qu’il croquait, et des miettes sont tombées, pas gênées, sur son tee shirt blanc ; j’ai retenu ma main qui partait pour l’en débarrasser.
Il a dit « bon dimanche » et j’ai pas osé répondre « vous aussi », j’ai seulement souri, de l’autre côté.
Tout à l’heure il était à la fenêtre, il fumait, et j’ai décidé de ne pas me cacher. J’ai vu qu’il me voyait, et je me suis demandé ce qu’il faisait, à rentrer aussi sec dans son salon.
Il allait monter le son de sa musique. Bon, c’est là que c’est incroyable. Accrochez-vous bien.
Il écoutait la même chose que moi.
Il écoutait la même chose que moi.
On en était à la même minute du morceau.
On en était à la même minute du morceau.
Mon cœur s’est réparé. J’ai eu plein de bouts d’idées, je voulais lui lancer un livre, ou danser sur notre musique, ou descendre et crier « Allô Viennoiseries, bonsoir » mais ça a sonné à ma porte, et c’était plutôt Allo apéro.
Dans le judas, mes amis étaient beaux, avec tous leurs cernes, toute leur nonchalance, j’avais hâte de leur ouvrir et j’avais pas envie d’avoir hâte, j’avais envie d’être une fille normale, un peu conne, qui fait passer une amourette insignifiante avant des relations vieille de toujours. Mais j’ai pas réussi. J’ai pas réussi.
Le lendemain, j’ai envoyé quelqu’un d’autre à la boulange’, j’étais pas d’attaque pour le regard qui transperce. Le quelqu’un d’autre est revenu en disant « y’a un type juste avant qu’a pris les deux derniers croissants, du coup j’ai pris plein de pain au choc’, ça te va ? »
Et ça m’allait. Ca m’allait incroyablement bien.
J’ai souri des deux côtés.
-maispastrop-
Y’a l’écran de la télé qu’il ne regarde pas qui projette des ombres inquiétantes sur ses murs blancs, pendant qu’il fume à la rambarde, pendant que je me cache, de peur d’être prise en flagrant délit de voyeurisme nocturne.
Je fume alors en même temps que lui, ma cigarette a un meilleur goût.
Y’en a des pépées qui défilent dans son deux pièces parquet poutres cheminée, il ne se prive pas, c’est le moins qu’on puisse dire ; il va même chercher les croissants le matin, la boulangère en met toujours deux dans le petit sac, sans attendre sa commande. C’est là qu’on s’est croisés pour la première fois. On ne s’est pas croisés, en fait, on s’est rentrés dedans. Je passais le pas de la porte tout en farfouillant mon porte-monnaie dans l’espoir d’y trouver un peu de caillasse et il sortait, ,à reculons, en adressant des vœux pour la journée à venir à l’équipe de la boulangerie ; tout ça fait qu’on s’est rendus compte de l’existence de l’autre pile au moment où on regrettait l’existence de l’autre puisqu’il empiétait sur l’espace vital.
-Rho mais merde pouvez pas regardez où vous marchez ?
-Et vous, vous pouvez pas avancer à l’endroit comme tout le monde ?
Après nos critiques, ce sont nos regards qui se croisent. On est tout de suite moins agressifs, ça redescend aussi vite que c’est monté. Je réalise l’odeur de beurre dans les croissants et les grains de beauté qu’il a dans le cou.
On reste dans les yeux l’un de l’autre une bonne minute, ce qui fait 60 secondes, je le précise parce qu’en lisant « une minute », vous pourriez passer à côté de l’aspect cinématographique de la scène. Tandis que 60 secondes, c’est du lourd. Comptez donc, pour voir.
A quand remonte la dernière fois où vous avez regardé quelqu’un dans le blanc des yeux pendant autant de temps ?
Il fallait bien qu’un de nous deux parle, un jour ou l’autre, on n’allait pas rester comme ça éternellement, des clients finiraient par vouloir passer, j’allais bientôt avoir vraiment faim, bref.
J’ai dit « Excuse moi, je ne t’ai pas…heu », là j’ai rougi, beaucoup, mes joues m’ont tenu chaud pour la journée, j’ai repris « Excusez moi, je ne VOUS ai pas vu. »
Super...
Mais il a souri.
Super.
-Et vous me voyez maintenant ?
- J’avais envie de dire « je ne vois que toi, ..heu.., vous » mais j’ai dit : Maintenant que vous m’avez marché sur les pieds, je ne peux pas trop faire autrement. (Faut que je pense à consulter, cette maladie des gentillesses camouflées en méchancetés, ça peut plus durer).
Il a souri quand même.
On s’est vus ce matin. Cette fois, c’est moi, enthousiaste et gourmande, qui commandais pour deux :
-Deux croissants, deux pains au chocolat, un pain aux raisins, un financier, une brioche et heu…. Vous avez des croissants aux amandes ? alors deux croissants aux amandes. Et aussi, une baguette s’il vous plait.
Je me retourne, il plante ses pupilles dans les miennes.
-Vous faites des provisions pour l’hiver ?
Bon, comme c’est plus l’hiver, j’ai trouvé cette blague assez moyenne et j’ai pas daigné répondre en bonne et due forme ; à la place, j’ai souri, un peu, et d’un seul côté.
On a pris sa commande pendant que j’attendais qu’on emballe ma ration.
- Non non, (il a interrompu le geste de la boulangère) un seul croissant aujourd’hui, s’il vous plait.
Aie. Comme je suis forte en déductions, je comprends qu’il est seul. Et mon cœur se casse. Aie.
Il a attrapé son petit sac ridicule et a sorti le croissant. Y’a le beurre qui a suinté pendant qu’il croquait, et des miettes sont tombées, pas gênées, sur son tee shirt blanc ; j’ai retenu ma main qui partait pour l’en débarrasser.
Il a dit « bon dimanche » et j’ai pas osé répondre « vous aussi », j’ai seulement souri, de l’autre côté.
Tout à l’heure il était à la fenêtre, il fumait, et j’ai décidé de ne pas me cacher. J’ai vu qu’il me voyait, et je me suis demandé ce qu’il faisait, à rentrer aussi sec dans son salon.
Il allait monter le son de sa musique. Bon, c’est là que c’est incroyable. Accrochez-vous bien.
Il écoutait la même chose que moi.
Il écoutait la même chose que moi.
On en était à la même minute du morceau.
On en était à la même minute du morceau.
Mon cœur s’est réparé. J’ai eu plein de bouts d’idées, je voulais lui lancer un livre, ou danser sur notre musique, ou descendre et crier « Allô Viennoiseries, bonsoir » mais ça a sonné à ma porte, et c’était plutôt Allo apéro.
Dans le judas, mes amis étaient beaux, avec tous leurs cernes, toute leur nonchalance, j’avais hâte de leur ouvrir et j’avais pas envie d’avoir hâte, j’avais envie d’être une fille normale, un peu conne, qui fait passer une amourette insignifiante avant des relations vieille de toujours. Mais j’ai pas réussi. J’ai pas réussi.
Le lendemain, j’ai envoyé quelqu’un d’autre à la boulange’, j’étais pas d’attaque pour le regard qui transperce. Le quelqu’un d’autre est revenu en disant « y’a un type juste avant qu’a pris les deux derniers croissants, du coup j’ai pris plein de pain au choc’, ça te va ? »
Et ça m’allait. Ca m’allait incroyablement bien.
J’ai souri des deux côtés.
-maispastrop-
Galeries Lafayette
Ils avaient pourtant dit que le Printemps, c'était le 21.
Du haut de mon mètre 64, j'ai vu aucun bourgeons, moi, aucun soleil, pas d'amoureux transis non plus qui se baladent sous les platanes qui bourgeonnent -pas- ; tout ce qu'il se passe c'est qu'il pleut. Mon lierre est content mais c'est à peu près le seul.
Je comptais pourtant pas mal sur la météo pour me trouver des occupations, m'imposer des activités essentielles comme descendre mes gros pulls à la cave avant d'aller prendre l'apéro en terrasse.
Tout ce qu'il se passe c'est qu'il pleut.
Ceci dit, je m'en fiche pas mal, du temps qu'il fait. Mes humeurs, coriaces, ont besoin de bien plus qu'un éclaircissement pour s'alléger de leurs boulets, mais c'est les autres, ça leur pèse. Ils attendent ça, le beau temps, la brise et les jambes nues, avec tellement d'impatience que, quand ça ne vient pas, ils boudent et ruminent.
Les saisons, ça va ça vient, c'est ça que je leur dis, mais ma plaidoirie remporte un succès plutôt léger, si vous voyez ce que je veux dire. Pourtant, oui, les saisons, ça va ça vient, c'est bien vrai, l'amour aussi, et vous avec; y' a que le temps qui reste, qui continue, fidèle.
Alors faut pas se miner mes mignons.
J'aimerais bien mettre du beau temps dans votre humeur, mais en fait j'ai pas envie.
A la place, je fais des listes, j'énumère les choses, je classe l'intérieur de ma tête. Puisque "printemps", alors "grand nettoyage", allons y. Décidons déjà de ce qui nous ferait plaisir, pour mieux y accéder.
Pfiouh.
J'aimerais:
-que le grand nettoyage de printemps de ma tête soit déjà fait
-que les bourgeons bourgeonnent parce que, merde, c'est tout ce qu'on leur demande
-que le couple de corbeaux du mois de mai revienne sur mon balcon avec ses parades amoureuses et ses chansons gothiques
-que mes voisins partent en vacances et m'autorisent des apéros bruyants sur le balcon
J'aimerais pas:
-que tout ça soit à cause du réchauffement de la planète
-qu'on nous bassine avec mai 68, alors qu'en mai 08, c'est pire et pourtant, il se passe rien
-qu'il pleuve pile poil au moment où j'ai tout bien installé mon livre, mon café, mon transat et éteint mon téléphone
-qu'avec le mois de Juin, arrivent les touristes en short vert pomme qui vous mettent le doigt dans l'oeil pour pointer la Tour Eiffel
Bon. Les listes, c'est pas toujours miraculeux; on s'attend, une fois qu'on a terminé, à ce que tout se fasse tout seul. Et puis, bon, autant vous le dire tout de suite, en fait, non, rien ne se fait tout seul, jamais. A part la moisissure sur le pain de mie qu'on a oublié au fond d'un tiroir.
-maispastrop-
Du haut de mon mètre 64, j'ai vu aucun bourgeons, moi, aucun soleil, pas d'amoureux transis non plus qui se baladent sous les platanes qui bourgeonnent -pas- ; tout ce qu'il se passe c'est qu'il pleut. Mon lierre est content mais c'est à peu près le seul.
Je comptais pourtant pas mal sur la météo pour me trouver des occupations, m'imposer des activités essentielles comme descendre mes gros pulls à la cave avant d'aller prendre l'apéro en terrasse.
Tout ce qu'il se passe c'est qu'il pleut.
Ceci dit, je m'en fiche pas mal, du temps qu'il fait. Mes humeurs, coriaces, ont besoin de bien plus qu'un éclaircissement pour s'alléger de leurs boulets, mais c'est les autres, ça leur pèse. Ils attendent ça, le beau temps, la brise et les jambes nues, avec tellement d'impatience que, quand ça ne vient pas, ils boudent et ruminent.
Les saisons, ça va ça vient, c'est ça que je leur dis, mais ma plaidoirie remporte un succès plutôt léger, si vous voyez ce que je veux dire. Pourtant, oui, les saisons, ça va ça vient, c'est bien vrai, l'amour aussi, et vous avec; y' a que le temps qui reste, qui continue, fidèle.
Alors faut pas se miner mes mignons.
J'aimerais bien mettre du beau temps dans votre humeur, mais en fait j'ai pas envie.
A la place, je fais des listes, j'énumère les choses, je classe l'intérieur de ma tête. Puisque "printemps", alors "grand nettoyage", allons y. Décidons déjà de ce qui nous ferait plaisir, pour mieux y accéder.
Pfiouh.
J'aimerais:
-que le grand nettoyage de printemps de ma tête soit déjà fait
-que les bourgeons bourgeonnent parce que, merde, c'est tout ce qu'on leur demande
-que le couple de corbeaux du mois de mai revienne sur mon balcon avec ses parades amoureuses et ses chansons gothiques
-que mes voisins partent en vacances et m'autorisent des apéros bruyants sur le balcon
J'aimerais pas:
-que tout ça soit à cause du réchauffement de la planète
-qu'on nous bassine avec mai 68, alors qu'en mai 08, c'est pire et pourtant, il se passe rien
-qu'il pleuve pile poil au moment où j'ai tout bien installé mon livre, mon café, mon transat et éteint mon téléphone
-qu'avec le mois de Juin, arrivent les touristes en short vert pomme qui vous mettent le doigt dans l'oeil pour pointer la Tour Eiffel
Bon. Les listes, c'est pas toujours miraculeux; on s'attend, une fois qu'on a terminé, à ce que tout se fasse tout seul. Et puis, bon, autant vous le dire tout de suite, en fait, non, rien ne se fait tout seul, jamais. A part la moisissure sur le pain de mie qu'on a oublié au fond d'un tiroir.
-maispastrop-
A la bonne heure
Je respire la joie.
Je souris sans le vouloir. Ma bouche n'en peut plus de s'étendre tout partout sur mon visage. Y'a des fossettes à revendre. Et mes yeux plissent sous le poids de l'extase.
Je ne sais même pas que je suis heureuse, ce qui, d'après moi est LE signe du bonheur.
Le top.
La cerise sur le bord du verre du cocktail.
Et puis, j'ouvre mon agenda. Jusqu'à la semaine dernière, les jours sont remplis de rendez-vous, de déjeuners, de séances de films, d'annotations, de phrases que ceux que j'aime ont prononcées, de trucs-qui-traînent-et-qu'il-faut-vraiment-que-je-fasse. Jusqu'à la semaine dernière. Après, plus rien.
Ce vide me déserte et une peur panique me monte des doigts de pieds déjà bien occupés à s'installer dans une botte étroite.
Je.
Argh.
Nul.
Faut jamais délaisser. Rien ni personne. Je le sais pourtant.
Devant ces trois derniers jours de pages blanches, je réalise que j'ai été, sans m'en rendre compte, tout ce que je déteste; parce que tu me regardes avec des yeux de loup de Tex Avery, parce que la nuit et le jour se sont mélangés dans le lit, parce que j'ai oublié que je n'étais pas de ceux-là, je sais que ça va me revenir comme un boomerang au moment où je m'y attendrai le moins.
Je m'installe à une terrasse chauffée-fumeuse et m'y colle, remontant dans ce qu'il me reste de matière grise pour reconstituer ces dernières 72 heures. Je ne veux rien oublier, jamais.
Au moment où je le vis, y'a rien qui compte davantage que ce que je vis. Au moment où tu vis devant moi, tout peut s'écrouler. Et quand une inconnue me sourit dans la rue sans raison, j'ai envie qu'on se prenne tous la main et qu'on ouvre la cage aux oiseaux.
C'est pas décent d'oublier ça, alors faut l'écrire, laisser un petit mot, quelque chose sur quoi se repencher plus tard, même si c'est avec une sorte de gentil mépris pour la gentille petite conne naive qu'on était, à l'époque.
Faut que ça reste.
Je m'essaie à l'exercice, y'a rien qui vient, finalement je suis vide parce que pleine de sensations et sans vocabulaire pour les décrire.
Si je savais dessiner, je ferais des petits croquis des frissons que ton souffle a dessiné sur ma peau; la lumière qui passe, têtue, obstinée, entre les volets et dessine sur le mur des formes auxquelles on trouve toujours des noms; le moment où l'ordinateur passe miraculeusement d'Iggy Pop à Radiohead et les images que ça lance dans mon sang; le téléphone qui sonne et la main qui repousse les appels de gens que j'aime, pour leur parler plus tard; le chat, enfin, le chat qui veut sa part de bonheur et roule du cul jusqu'au lit où il se glisse, putassier, pour venir ronronner sur mon ventre et me faire mourir d'amour pour ses yeux incroyablement indolents, me convaincre qu'à part ça, y'a pas grand chose de vraiment essentiel; à part la faim joyeuse qui crie dans mon estomac, pile sous son ronron et me pousse à sortir du lit pour trouver deux trois fruits et un reste de pommes de terre amoureusement grillés des deux côtés.
Je dessinerais aussi le moment où il n'y a plus un bruit dans la maison. Les plantes, le chat, toi, moi, la rue, les mots, le mercredi, tout le monde se tait. Je dessinerai ça comme ça:
Quand y'a plus rien à dire, autant se remettre au lit avec une paire de bras et un agenda à remplir.
-maispastrop-
Je souris sans le vouloir. Ma bouche n'en peut plus de s'étendre tout partout sur mon visage. Y'a des fossettes à revendre. Et mes yeux plissent sous le poids de l'extase.
Je ne sais même pas que je suis heureuse, ce qui, d'après moi est LE signe du bonheur.
Le top.
La cerise sur le bord du verre du cocktail.
Et puis, j'ouvre mon agenda. Jusqu'à la semaine dernière, les jours sont remplis de rendez-vous, de déjeuners, de séances de films, d'annotations, de phrases que ceux que j'aime ont prononcées, de trucs-qui-traînent-et-qu'il-faut-vraiment-que-je-fasse. Jusqu'à la semaine dernière. Après, plus rien.
Ce vide me déserte et une peur panique me monte des doigts de pieds déjà bien occupés à s'installer dans une botte étroite.
Je.
Argh.
Nul.
Faut jamais délaisser. Rien ni personne. Je le sais pourtant.
Devant ces trois derniers jours de pages blanches, je réalise que j'ai été, sans m'en rendre compte, tout ce que je déteste; parce que tu me regardes avec des yeux de loup de Tex Avery, parce que la nuit et le jour se sont mélangés dans le lit, parce que j'ai oublié que je n'étais pas de ceux-là, je sais que ça va me revenir comme un boomerang au moment où je m'y attendrai le moins.
Je m'installe à une terrasse chauffée-fumeuse et m'y colle, remontant dans ce qu'il me reste de matière grise pour reconstituer ces dernières 72 heures. Je ne veux rien oublier, jamais.
Au moment où je le vis, y'a rien qui compte davantage que ce que je vis. Au moment où tu vis devant moi, tout peut s'écrouler. Et quand une inconnue me sourit dans la rue sans raison, j'ai envie qu'on se prenne tous la main et qu'on ouvre la cage aux oiseaux.
C'est pas décent d'oublier ça, alors faut l'écrire, laisser un petit mot, quelque chose sur quoi se repencher plus tard, même si c'est avec une sorte de gentil mépris pour la gentille petite conne naive qu'on était, à l'époque.
Faut que ça reste.
Je m'essaie à l'exercice, y'a rien qui vient, finalement je suis vide parce que pleine de sensations et sans vocabulaire pour les décrire.
Si je savais dessiner, je ferais des petits croquis des frissons que ton souffle a dessiné sur ma peau; la lumière qui passe, têtue, obstinée, entre les volets et dessine sur le mur des formes auxquelles on trouve toujours des noms; le moment où l'ordinateur passe miraculeusement d'Iggy Pop à Radiohead et les images que ça lance dans mon sang; le téléphone qui sonne et la main qui repousse les appels de gens que j'aime, pour leur parler plus tard; le chat, enfin, le chat qui veut sa part de bonheur et roule du cul jusqu'au lit où il se glisse, putassier, pour venir ronronner sur mon ventre et me faire mourir d'amour pour ses yeux incroyablement indolents, me convaincre qu'à part ça, y'a pas grand chose de vraiment essentiel; à part la faim joyeuse qui crie dans mon estomac, pile sous son ronron et me pousse à sortir du lit pour trouver deux trois fruits et un reste de pommes de terre amoureusement grillés des deux côtés.
Je dessinerais aussi le moment où il n'y a plus un bruit dans la maison. Les plantes, le chat, toi, moi, la rue, les mots, le mercredi, tout le monde se tait. Je dessinerai ça comme ça:
Quand y'a plus rien à dire, autant se remettre au lit avec une paire de bras et un agenda à remplir.
-maispastrop-
Ouvrir les volets, fermer les yeux
Il y a ceux qui crèvent la faim.
C’est une expression qu’on utilise pour parler des crève-la-faim sans vraiment être émus, ni concernés. On ne dit pas « les gens qui meurent parce qu’ils sont trop pauvres » par exemple; si on le disait, bah, on le dirait pas. On pourrait pas dire ça sans se sentir absolument concernés, presque responsables.
Enfin, j’espère qu’on ne pourrait pas.
On dit aussi les « nécessiteux » parce que pour parler de nous, on ne dit jamais « j’ai des nécessités ces derniers temps ».
Il y a les crève-la-faim, les orphelins, les nécessiteux, les handicapés, les séropositifs, les femmes battues, les hommes vaincus, les enfants abusés et la banquise qui fond. Les espèces disparaissent, sauf celles du porte-feuille qui pullulent, tranquilou.
Elle magazine consacre toujours deux pages à la misère du monde au milieu de pages mode remplies de fringues aux prix exorbitants et d'opinions plutôt douteuses, glissées l'air de rien dans une chronique littéraire. Et mes amies l'achète.
Il y a tout ça qui se passe dans l’écran et sur le papier du journal, mais je continue de vivre.
La preuve, je respire, je pense, je prends les transports en commun et j’ai même ri ce soir, beaucoup.
C’est lundi et c’est plus possible de savoir tout ça.
Si la semaine recommence, toute neuve, y’a pas de raison pour que moi non. Je voudrais reprendre les 7 jours du bon pied, vierge de tout, parce qu’en fait de connaissances et d’expériences, tout ce qu’il se passe, c’est que ça s'accumule et que j’ai de plus en plus de mal à commander un blanc sec à 4€ avec vue sur clodo. Il faut que j’en commande beaucoup plus pour oublier qu’il est là, avec sa piquette et le froid qui le pique.
Donc, je me ruine. Et je finis par avoir des nécessités.
Finalement, « quelque part », comme dirait ma mère – elle dit souvent ça : « quelque part, je m’en fous » ou « quelque part, je suis révoltée » et je me demande toujours « quelque part, d’accord, mais où ? », elle a beaucoup de quelques parts qui se contredisent gaiement - Finalement, disais-je, à un endroit indéfini, je vis avec cette conscience des autres en n’en tenant pas compte pour un sou.
Et un sou, c’est un sou.
Demandez-leur.
Autour de moi, les gens parlent de préoccupations.
Ok.
Alors j’arrive, pleine de principes, de grandes phrases, plutôt impatiente d’enfin rentrer dans le sujet vif, prête à me lancer dans le débat, cœur et âme, et puis je réalise que les préoccupations sont médiocrement personnelles. Ils se demandent s’ils doivent se marier et quand est-ce qu’il faut faire des enfants.
Si si, c’est bien ça qui les empêche de dormir, les nombrilistes que j’ai pour amis.
Moi ce qui m’empêche de dormir, c’est qu’il existe des insomnies égotistes, bourgeoises, capitalistes, soit - disant capitales.
Je sais pas, je suis personne pour dire ça, mais je suis au moins celle qui ne fait pas de ces maladies judéo chrétiennes des sujets de conversation devant un blanc sec avec un clochard en arrière plan. Parfois, c’est plus possible. Ca me dégoûte. Ca me « berk » de partout.
Je ne voudrais dire que de l’absurde, raconter du cocasse, parce que le reste est une insulte aux autres.
La politesse du désespoir, direz-vous.
Et ?
Pourquoi pas ?
Est ce que c’est vraiment possible de s’inquiéter de la marque de la poussette alors que la chair de notre chair ne connaîtra pas l’ours blanc ?
Vous venez de lire une phrase tellement politiquement correcte qu’elle en donne la nausée. Soit. Relisez-là. Encore.
Et encore.
Est ce que c’est vraiment humain de s’inquiéter de la marque de la poussette alors que la chair de notre chair ….
Ne vous méprenez pas, c’est bien moi que je conchie le plus violemment dans toute cette mascarade, parce que si vous vous en battez l’œil, alors battez-vous en l’œil, mais moi qui prétends être alarmée, je suis quand même là, à vous écouter parler de couches et de nouvelles baskets et je me trahis. De temps en temps, j’oublie, même. Et j’ai déjà dû aller jusqu’à donner mon opinion sur la couleur de la layette. La vraie moi devrait vous lancer son verre à la gueule et crier au scandale, la vraie moi devrait vous faire assez confiance pour comprendre ça, mais la vraie moi a baissé les bras et ne vous considère que comme des marionnettes ventriloques, à qui elle ne peut pas dire ce genre de conneries, parce que la vraie moi croit que vous seriez cynique, grossiers, obscènes.
Et elle a raison.
Je continue de vous aimer. Très fort. Mais, le lundi, vous êtes le miroir grossissant de tous les défauts que je ne veux pas avoir. Vous êtes mes rides de résignation. Vous êtes mes cernes d’aveuglement. Je vous aime très fort, en vrai. C’est moi que je déteste.
-maispastrop-
C’est une expression qu’on utilise pour parler des crève-la-faim sans vraiment être émus, ni concernés. On ne dit pas « les gens qui meurent parce qu’ils sont trop pauvres » par exemple; si on le disait, bah, on le dirait pas. On pourrait pas dire ça sans se sentir absolument concernés, presque responsables.
Enfin, j’espère qu’on ne pourrait pas.
On dit aussi les « nécessiteux » parce que pour parler de nous, on ne dit jamais « j’ai des nécessités ces derniers temps ».
Il y a les crève-la-faim, les orphelins, les nécessiteux, les handicapés, les séropositifs, les femmes battues, les hommes vaincus, les enfants abusés et la banquise qui fond. Les espèces disparaissent, sauf celles du porte-feuille qui pullulent, tranquilou.
Elle magazine consacre toujours deux pages à la misère du monde au milieu de pages mode remplies de fringues aux prix exorbitants et d'opinions plutôt douteuses, glissées l'air de rien dans une chronique littéraire. Et mes amies l'achète.
Il y a tout ça qui se passe dans l’écran et sur le papier du journal, mais je continue de vivre.
La preuve, je respire, je pense, je prends les transports en commun et j’ai même ri ce soir, beaucoup.
C’est lundi et c’est plus possible de savoir tout ça.
Si la semaine recommence, toute neuve, y’a pas de raison pour que moi non. Je voudrais reprendre les 7 jours du bon pied, vierge de tout, parce qu’en fait de connaissances et d’expériences, tout ce qu’il se passe, c’est que ça s'accumule et que j’ai de plus en plus de mal à commander un blanc sec à 4€ avec vue sur clodo. Il faut que j’en commande beaucoup plus pour oublier qu’il est là, avec sa piquette et le froid qui le pique.
Donc, je me ruine. Et je finis par avoir des nécessités.
Finalement, « quelque part », comme dirait ma mère – elle dit souvent ça : « quelque part, je m’en fous » ou « quelque part, je suis révoltée » et je me demande toujours « quelque part, d’accord, mais où ? », elle a beaucoup de quelques parts qui se contredisent gaiement - Finalement, disais-je, à un endroit indéfini, je vis avec cette conscience des autres en n’en tenant pas compte pour un sou.
Et un sou, c’est un sou.
Demandez-leur.
Autour de moi, les gens parlent de préoccupations.
Ok.
Alors j’arrive, pleine de principes, de grandes phrases, plutôt impatiente d’enfin rentrer dans le sujet vif, prête à me lancer dans le débat, cœur et âme, et puis je réalise que les préoccupations sont médiocrement personnelles. Ils se demandent s’ils doivent se marier et quand est-ce qu’il faut faire des enfants.
Si si, c’est bien ça qui les empêche de dormir, les nombrilistes que j’ai pour amis.
Moi ce qui m’empêche de dormir, c’est qu’il existe des insomnies égotistes, bourgeoises, capitalistes, soit - disant capitales.
Je sais pas, je suis personne pour dire ça, mais je suis au moins celle qui ne fait pas de ces maladies judéo chrétiennes des sujets de conversation devant un blanc sec avec un clochard en arrière plan. Parfois, c’est plus possible. Ca me dégoûte. Ca me « berk » de partout.
Je ne voudrais dire que de l’absurde, raconter du cocasse, parce que le reste est une insulte aux autres.
La politesse du désespoir, direz-vous.
Et ?
Pourquoi pas ?
Est ce que c’est vraiment possible de s’inquiéter de la marque de la poussette alors que la chair de notre chair ne connaîtra pas l’ours blanc ?
Vous venez de lire une phrase tellement politiquement correcte qu’elle en donne la nausée. Soit. Relisez-là. Encore.
Et encore.
Est ce que c’est vraiment humain de s’inquiéter de la marque de la poussette alors que la chair de notre chair ….
Ne vous méprenez pas, c’est bien moi que je conchie le plus violemment dans toute cette mascarade, parce que si vous vous en battez l’œil, alors battez-vous en l’œil, mais moi qui prétends être alarmée, je suis quand même là, à vous écouter parler de couches et de nouvelles baskets et je me trahis. De temps en temps, j’oublie, même. Et j’ai déjà dû aller jusqu’à donner mon opinion sur la couleur de la layette. La vraie moi devrait vous lancer son verre à la gueule et crier au scandale, la vraie moi devrait vous faire assez confiance pour comprendre ça, mais la vraie moi a baissé les bras et ne vous considère que comme des marionnettes ventriloques, à qui elle ne peut pas dire ce genre de conneries, parce que la vraie moi croit que vous seriez cynique, grossiers, obscènes.
Et elle a raison.
Je continue de vous aimer. Très fort. Mais, le lundi, vous êtes le miroir grossissant de tous les défauts que je ne veux pas avoir. Vous êtes mes rides de résignation. Vous êtes mes cernes d’aveuglement. Je vous aime très fort, en vrai. C’est moi que je déteste.
-maispastrop-
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