Bonjour bonjour les hirondelles.

On me demande parfois si je suis heureuse.

Ca ne m’arrive pas à la boulangerie, après avoir commandé ma baguette, bien entendu.
Je n’achète pas de pain. Je sauce avec la langue. Et puis je me lève trop tard pour un vrai petit déjeuner tartine beurrée, ricoré des familles. On me demande aussi assez régulièrement si j’ai pas une cigarette, mais je ne crois pas que ça ait un quelconque rapport avec la felicidad.

Je trouve la question étonnante, à chaque fois, toute persuadée que je suis de respirer le bonheur; cependant, je mets toujours un peu de temps à répondre. Je devrais crier un «oui» tonitruant, mais je n’aime pas crier, et puis, non, je ne suis pas irrévocablement heureuse et pour toujours. Pas au point de crier, non. Ca pourrait réveiller ceux qui ont enfin arrêté de pleurer pour trouver le sommeil, on sait jamais.






Je suis heureuse par nature, je crois, c’est une chance, je ne sais d’ailleurs pas vraiment qui je dois remercier pour ça, même si mon petit doigt me dit que c’est moi; je suis heureuse par nature et quand il faut être triste je suis le best of de ça, la tristesse, je vous fais des compil si vous voulez. Et je pleure et pleure et pleure encore, comme si ça me lavait, sans me préoccuper de mes yeux, 12 heures plus tard, que je ne pourrai pas ouvrir parce qu'ils auront emmagasiné toute la dureté du monde et toute la mienne, surtout, ce qui est pire, bien sûr. Bien sûr.


Mais je suis heureuse, spontanément. Je suis heureuse d’un concert qui me remplit pendant une semaine, quand j’y repense alors que de la musique au caca sort des enceintes d’un taxi qui m’arnaque; je suis heureuse d’un livre aux dernières pages maintes fois relues et embrassées même si la personne à qui je l’ai prêté ne me l’a jamais rendu; heureuse d’un chèque qui arrive alors qu’on ne l’attendait plus et qui va combler le tiers d’un découvert obscène et alimenter le sarcasme d’un banquier trop bien payé; heureuse d’une nouvelle émission sur France 5 la nuit, même si elle nous raconte comment les tigres disparaissent à vue d’oeil - on en a tué deux depuis le début de cette phrase-; heureuse d’un vernis qui tient longtemps sur mes ongles même si je dois trop souvent faire la vaisselle et, irrémédiablement, l’écailler.

Et puis, je ne suis pas malheureuse du reste. 

Mais, si on me le demande comme ça, frontalement, les yeux dans les yeux, la main dans la main si ça se trouve, mes pupilles s’embrument. Ca rate jamais; à tous les coups, ça me noie.

Qu’est ce qui me fait de la peine? Mais absolument tout, mon p’tit gars.
Qu’on me demande si je suis heureuse alors que je viens de soliloquer sur un livre pendant une heure en souriant plus que ma bouche ne s’en sentait capable. Que tout à coup, une fois la question posée, mon livre ne pèse plus que 3 crottes de mouche face à l’immensité de ma potentielle réponse. Face à l’étendue de mon hésitation. Devant la multitude de faits autrement plus importants à prendre en compte après une question pareille que mon livre, mon vernis et mon compte en banque.
Ca me fait de la peine qu’on me le demande. Que j’y réfléchisse. Que je n’aie toujours pas de réelle réponse.

Ca me fait de la peine que tu en doutes.
Ca me fait de la peine de ne pas en être sûre.
Je me dis souvent que le bonheur, s'il doit être vrai, est incroyablement égoïste et ne peut impliquer personne, et rien. J'en conclue, parfois, que le vrai bonheur ne dure que le temps d'une danse, un matin, dans un jardin, sans se préoccuper du soir même.
Et pourquoi pas.



Je vois souvent ma mini vie depuis une autre échelle. Certaines drogues et l’alcool m’aident à me projeter 10000 mètres au dessus de moi et à jauger mes petits agissements, même s’ils consistent à embrasser qui vous voudrez et à me casser la gueule là où je peux. Ca n’est pas, pour moi, une façon d’atteindre la sérénité -tiens donc?-, mais une possibilité d’envisager d’autres tristesses. J’aime bien et puis j’aime pas. Et c’est peut-être ce qui m’attriste le plus. Tous les gens qui pleurent et qu’ont même pas de masques à l’aloe véra pour faire dégonfler les paupières, le lendemain, au frais dans le frigo à côté du vernis. C’est vraiment dégueulasse.

Ca me fait de la peine que vous n’ayez pas compris que, selon-moi-pour-moi, le bonheur n’est pas un état, acquis comme ça, youplaboum, mais un but. Ca demande du boulot, de l'entêtement, presque; ça, j'en suis certaine genre carrément et tout. 

Ca me fait de la peine que vous ne me posiez jamais la vraie question, la seule qui compte. «Veux tu être heureuse?».
A ce moment là, et grâce à ça, je le serai déjà immensément et je pourrais hurler que oui, quitte à réveiller ceux à qui on ne pose toujours pas les bonnes questions et les autres, dont les réponses n’intéressent personne, et qui pleurent, le visage enfoui dans un oreiller trempé.



A chaque jour suffit sa joie.




Le cougar a officiellement disparu de la circulation, pfuit, c’est terminé, finito Benito, ciao l’amigo. Et, c’est surement une broutille, pour vous, mais pour moi, c’est la vie qui voit l’bout. Pourtant, je suis là, et bien là; j’ai ri, joui et mangé une côte de boeuf aujourd’hui. Le tout accompagné d'un très bon Brouilly. Mon monde ne s'est pas écroulé. J'ai eu un pincement au coeur, et mon coeur en a l'habitude, il encaisse, j'imagine. Comme les vôtres, certainement. Je suis là et je suis heureuse. Je crois. Pendant quelques minutes. D’affilée.

Demain est une autre peine.




-maispastrop-

10 commentaires:

ceciiiiile a dit…

je te crois pas.

Soutien à la GNP a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Diawan a dit…

Je te crois, et pense que tu es une sacrée chanceuse. D'être heureuse, et d'en être consciente, en plus. Et d'être consciente, aussi, que quand tu l'es pas c'est pas grave, puisque tu le seras bientôt. Et vice-versa.

Anonyme a dit…

je t'aime d'amour

Anonyme a dit…

à la bonheur.

Anonyme a dit…

Je te crois aussi, et pense que tu es une sacrée heureuse. D'être chanceuse, et d'en être confiante, en plus. Et d'être confiante, aussi, que quand tu l'es pas c'est pas grave, puisque tu le seras bientôt. Et vice-versa.

Anonyme a dit…

Ca m'ennuie que votre blog ne s'alimente plus depuis quelques temps.

Le saviez-vous? : "Plus on considère un mot de près, plus il vous regarde de loin"

Une lectrice assidue :)

smsdamour a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

queue de bite mais enfin quelque chose qui se passe sur ce blog de femme

et pourquoi pas en faire un forum?

qu'en pense l'auteur?

Anonyme a dit…

Ça va faire un peu longtemps, quelques chose comme 3 ans, que plus rien ne s'écrit ici. Alors où, Manon?